Guizhou : la frénésie de ponts et autoroutes heurte le mur de la dette
Guizhou : ponts et autoroutes face au mur de la dette

Dans la province du Guizhou, l'une des plus pauvres de Chine, la frénésie de construction de ponts et d'autoroutes, au cœur du modèle de développement chinois, se heurte au mur de la dette. Selon un rapport officiel, la dette totale des gouvernements locaux du Guizhou a atteint 1 200 milliards de yuans (environ 155 milliards d'euros) en 2025, soit plus de 60 % du PIB provincial.

Des infrastructures gigantesques dans une région montagneuse

Le Guizhou, caractérisé par un relief karstique accidenté, a vu fleurir des ouvrages d'art spectaculaires : le pont de Beipanjiang, le plus haut du monde avec 565 mètres de hauteur, ou encore l'autoroute en boucle de la montagne de la Lune, longue de 10 kilomètres. Ces projets visaient à désenclaver la province et à stimuler son économie.

Entre 2015 et 2025, le réseau autoroutier du Guizhou est passé de 5 000 à 10 000 kilomètres, selon les données du ministère des Transports. Cette expansion a nécessité des investissements colossaux, souvent financés par l'endettement des collectivités locales.

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Un endettement qui inquiète

La banque centrale chinoise a récemment mis en garde contre les risques liés à la dette des gouvernements locaux. "La situation dans le Guizhou est particulièrement préoccupante", a déclaré un analyste de Moody's. "Le ratio dette/PIB y est le plus élevé de toutes les provinces chinoises."

En 2025, les recettes fiscales du Guizhou n'ont augmenté que de 3 %, tandis que les dépenses liées au remboursement de la dette ont bondi de 15 %. Pour tenter de réduire la pression, Pékin a autorisé la province à émettre 200 milliards de yuans d'obligations spéciales en 2026, mais cela ne suffit pas à éponger les arriérés.

Des conséquences sur les projets futurs

Face à l'endettement, le gouvernement provincial a annoncé en juin 2026 un moratoire sur les nouveaux grands projets d'infrastructure. "Nous devons prioriser le désendettement", a affirmé le gouverneur du Guizhou, Li Bingjun, lors d'une conférence de presse. "Les ponts et autoroutes déjà construits doivent être rentabilisés avant d'en envisager de nouveaux."

Cette décision a des répercussions sur l'industrie locale du bâtiment : 15 % des entreprises de construction de la province sont en difficulté financière, selon la Chambre de commerce du Guizhou. De nombreux ouvriers ont été licenciés, aggravant le chômage dans une région déjà fragile.

Un modèle remis en question

Le cas du Guizhou illustre les limites du modèle de développement chinois basé sur l'investissement massif dans les infrastructures. "C'est un avertissement pour tout le pays", estime un économiste de l'université de Pékin. "Les provinces doivent trouver un équilibre entre construction et viabilité financière."

Certains experts suggèrent de diversifier l'économie du Guizhou, notamment en développant le tourisme (les paysages de la province attirent déjà 200 millions de visiteurs par an) et les industries numériques (le Guizhou abrite le plus grand centre de données de Chine). Cependant, ces secteurs ne génèrent pas encore assez de revenus pour compenser la dette.

Le gouvernement central cherche désormais à renforcer le contrôle sur les emprunts locaux. En mai 2026, le Conseil d'État a publié une directive obligeant toutes les provinces à soumettre leurs plans d'endettement à l'approbation de Pékin. Le Guizhou, en première ligne, devra montrer l'exemple.

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