Gel des allégements de charges : les entreprises ulcérées par la crise des carburants
Gel des allégements de charges : les entreprises ulcérées

Les entreprises sont contraintes de sortir le portefeuille. C'était presque devenu un secret de polichinelle : ce vendredi, David Amiel, ministre des Comptes publics, a confirmé un gel des allégements de cotisations sociales des entreprises sur les bas salaires, malgré la hausse du smic au 1er juin.

Concrètement, en plus d'absorber une augmentation de 2,41 % du salaire minimum, soit un peu moins de 35 euros net par mois pour une personne à temps complet, les employeurs vont devoir s'acquitter de l'ensemble des cotisations patronales correspondant à cette hausse. Soit, selon les chiffres détaillés par le ministre sur TF1, un peu plus de 2 milliards d'euros.

Un nouveau coup de canif dans la politique de l'offre

Ce gel représente un nouveau coup de canif dans la politique de l'offre pourtant si chère à Emmanuel Macron depuis son arrivée au pouvoir en 2017. Créé en 1993 pour favoriser l'emploi, notamment peu qualifié, dans une période de chômage élevé, le système des allégements de charges consiste à exempter les entreprises de payer tout ou une partie des cotisations patronales entre un et trois fois le smic. Un manque à gagner que l'État doit compenser pour financer notre modèle social.

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Selon un rapport de la Cour des comptes publié cette année, depuis 2014, le montant des allégements de charges est passé de 20,9 milliards d'euros à 59,3 milliards d'euros en 2021, pour atteindre, dans le budget 2026, 74 milliards d'euros.

Pour David Amiel, cet allégement de charges supplémentaire profiterait « à la fois à des entreprises qui vont mal et des entreprises qui vont bien, des entreprises qui sont en première ligne face à la crise (…) et d'autres qui le sont beaucoup moins, des entreprises qui augmentent les salaires et d'autres qui ne le font pas ». Or, « nous avons, depuis le début de cette crise, décidé d'engager (…) des aides ciblées et des aides financées », a rappelé le ministre.

Réactions syndicales

Cette décision va mécaniquement augmenter le coût du travail alors que le taux de chômage en avril a dépassé les 8 %. Surtout, elle intervient alors que de plus en plus de voix s'élèvent pour exiger des entreprises qu'elles rouvrent des négociations salariales. Selon l'Insee, en avril, sur un an, les prix ont augmenté de 2,2 %. « Il faut prendre en compte l'inflation et les difficultés de pouvoir d'achat des salariés, a averti la numéro un de la CFDT, Marylise Léon, dans une interview à notre journal. Sinon, il existe un vrai risque d'accentuation de la fracture sociale. »

Ce vendredi matin, c'est son homologue de la CGT, Sophie Binet, qui a enfoncé le clou sur France Info : « Il faut ouvrir les négociations partout, dans toutes les entreprises, dans toutes les branches. » Et d'ajouter : c'est « scandaleux que le patronat refuse de négocier ».

« Le gouvernement met une taxe sur les bas salaires »

Contactés, quelques responsables patronaux ne cachent pas leur agacement après avoir pourtant multiplié les alertes auprès du gouvernement pour qu'il range dans le tiroir « des mauvaises idées » de toucher aux allégements de charge. « On peut toujours ouvrir les négociations salariales, mais il n'y aura rien à négocier, prédit l'un d'eux. En gelant les allégements de charges, le gouvernement préempte les hausses de rémunération. Il met une taxe sur les bas salaires. »

Ce qui fait dire à un autre patron : « Dans les négociations de branche, ça va être tendu avec les syndicats. Les entreprises vont augmenter les rémunérations là où la loi l'oblige, au niveau du smic. Mais au-delà, comme ce n'est pas obligatoire et qu'il faudra en plus payer les cotisations patronales, il n'y aura pas un centime. »

Un troisième chef d'entreprise, lui, ironise sur les nouvelles aides aux carburants annoncées jeudi par l'exécutif. « Lecornu, c'est le petit Poucet, il pose des petits cailloux. Il fait de la mousse avec rien. Même pas avec du savon. »

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« Pendant le Covid, les entreprises ont été très aidées, parfois même trop »

Si certains patrons saluent les assouplissements annoncés pour distribuer la prime carburant qui pourra être désocialisée et défiscalisée jusqu'à 600 euros par an au lieu de 300 euros, d'autres sont plus critiques. « Le gouvernement oublie que cette crise touche tout le monde, les particuliers comme les professionnels, prévient Éric Chevée, de la CPME. Il faut arrêter de considérer les entreprises comme la variable d'ajustement. »

Sauf que les caisses de l'État sont vides, tandis que la crise iranienne va coûter des milliards d'euros et qu'avec la hausse des taux d'intérêt, la dette de 3 500 milliards d'euros coûte de plus en plus cher. Le gouvernement veut donc impérativement tenir sa trajectoire budgétaire, avec un déficit de maximum 5 % cette année pour un retour sous les 3 % en 2029.

Jeudi, David Amiel a rappelé que l'État avait réalisé les plus grosses économies dans le budget 2026. « Il faut que l'effort soit partagé, glisse un conseiller du ministère de l'Économie. Les entreprises oublient parfois que pendant le Covid et la crise inflationniste, elles ont été très aidées. Parfois même trop. Il faut un juste retour des choses. »