France : le défi budgétaire de Sébastien Lecornu face à un déficit record
France : le défi budgétaire de Sébastien Lecornu face au déficit

À 96 ans, Jean-Pierre Fourcade fait partie de l'histoire de France. Cet ancien ministre de l'Économie de Valéry Giscard d'Estaing fut, en 1974, le dernier responsable politique français à présenter – et exécuter – un budget à l'équilibre. Les 25 grands argentiers qui lui ont succédé n'y sont jamais parvenus. Et pourtant, le Premier ministre Sébastien Lecornu y croit. Non pas à revenir à un solde zéro – ne rêvons pas, surtout après le déficit abyssal de 5,1 % de l'an dernier – mais plutôt à remettre de l'ordre dans des comptes publics particulièrement malmenés ces dernières années.

Urgence budgétaire et demandes irréalistes

Il y a urgence : le budget de 2027 est déjà dans les cartons et, pour l'heure, le chef du gouvernement s'emploie à calmer les ardeurs de ses ministres dépensiers. Des demandes irréalistes, a-t-il cinglé, en évoquant les 30 milliards d'euros supplémentaires réclamés. Confronté à des nouvelles dépenses incompressibles (6 milliards de plus pour la programmation militaire, 8 pour la charge de la dette), l'hôte de Matignon veut réintroduire de la rationalité dans le budget.

Contexte géopolitique et promesses électorales

Peut-il y arriver, alors que les aléas géopolitiques se traduisent par une succession de douches écossaises sur la conjoncture et que les coûts d'emprunt s'envolent ? Sans compter l'irresponsabilité collective des députés. Le contexte, à quelques mois de la présidentielle, n'aide pas : la campagne va engendrer, hélas, un catalogue de promesses coûteuses. « Il faudrait être masochiste pour réclamer aux Français du sang et des larmes », confie une source proche du gouvernement. C'est ainsi qu'évolue notre pays, incapable de s'auto-administrer la cure indispensable pour enrayer l'hémorragie des dépenses publiques.

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Exemples étrangers et pistes de réformes

D'autres pays l'ont fait, à l'instar du Portugal ou de la Grèce. C'est donc possible. Idem en Allemagne, quand notre voisin a dû, il y a un quart de siècle, digérer le coût de la réunification : sous l'impulsion du chancelier Schroeder, les boulons budgétaires ont été resserrés. En France, jamais. Ou plutôt : jamais suffisamment. Certains songent à instaurer une année blanche, en écartant toute revalorisation des dépenses : efficace (7 milliards d'économies à la clé), ce remède fait l'unanimité contre lui. Côté réformes structurelles, il est urgent de maîtriser l'explosion de nos dépenses de santé (déficit supérieur à 20 milliards en 2026), en limitant les remboursements et en contrôlant les arrêts maladies. Des options préconisées par l'exécutif.

Risque de dérapage et leçon grecque

Mais une épée de Damoclès pèse sur le gouvernement : trop de sérieux budgétaire menace de tuer dans l'œuf la prochaine loi de finances. Or sans budget voté, a déjà prévenu Sébastien Lecornu, le déficit risque de s'envoler entre 6 et 7 % du PIB. En Grèce, il y a vingt ans, le trou des finances publiques atteignait 5,95 % du PIB, un niveau proche de celui de la France aujourd'hui. Devenu incontrôlable, le déficit grec dépassait trois ans plus tard les 15 %, précipitant le pays dans une méga crise financière. Avis aux Français…

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