Alors que la France traverse une nouvelle canicule, la droite et l'extrême droite tentent de faire porter la responsabilité aux écologistes. Accusations : avoir bloqué des projets de barrages, de retenues d'eau et de centrales nucléaires. Une instrumentalisation qui ne résiste pas à l'analyse des faits.
Des accusations politiques en pleine canicule
Depuis le début de l'épisode de chaleur, plusieurs figures politiques de droite et d'extrême droite ont pointé du doigt les écologistes. Le président des Républicains, Éric Ciotti, a dénoncé « l'écologie punitive » qui aurait, selon lui, empêché la construction de retenues d'eau et de barrages. De son côté, Marine Le Pen a estimé que « les écolos radicaux » étaient responsables du manque d'anticipation face à la sécheresse.
Ces attaques interviennent alors que le gouvernement prépare un plan de gestion de l'eau et que les températures dépassent les 40°C dans plusieurs régions. Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2023, 62% des Français estiment que le gouvernement n'en fait pas assez face au réchauffement climatique.
Des projets bloqués ? La réalité des faits
Les écologistes répondent que ces accusations sont infondées. « Aucun projet de barrage ou de retenue d'eau n'a été bloqué par les écologistes au niveau national », explique Matthieu Orphelin, député écologiste. Il rappelle que les oppositions locales concernent principalement des projets contestés pour leur impact environnemental, comme les mégabassines, et non des infrastructures vitales.
Selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2022, la France dispose de 75 000 retenues d'eau, dont la moitié sont des réserves collinaires. Le potentiel de stockage supplémentaire est estimé à 1,5 milliard de mètres cubes, mais les blocages viennent souvent de contraintes réglementaires ou financières, pas des écologistes.
La question nucléaire
L'autre cible des attaques est la politique énergétique. La droite accuse les écologistes d'avoir freiné le nucléaire, notamment via la fermeture de Fessenheim. Pourtant, la centrale alsacienne a été fermée en 2020 sous la présidence d'Emmanuel Macron, avec l'accord d'EDF, en raison de critères économiques et de sécurité.
« Les écologistes n'ont pas le pouvoir de bloquer des centrales nucléaires », souligne Jean-Marc Jancovici, ingénieur et spécialiste de l'énergie. Il rappelle que la décision de construire ou non des réacteurs relève de l'État et d'EDF. Actuellement, la France prévoit la construction de six nouveaux EPR, un projet soutenu par le gouvernement.
Une instrumentalisation dangereuse
Pour les scientifiques, ce débat détourne l'attention des véritables enjeux. « Au lieu de chercher des boucs émissaires, il faut agir sur l'adaptation au changement climatique », déclare Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et coprésidente du groupe 1 du GIEC. Elle rappelle que la canicule actuelle est conforme aux prévisions : les épisodes de chaleur extrême seront plus fréquents et plus intenses.
Les associations environnementales dénoncent une « instrumentalisation politique ». « Accuser les écologistes de la canicule, c'est comme accuser les pompiers de provoquer les incendies », ironise Greenpeace France. L'ONG rappelle que les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, et que les mesures d'adaptation sont insuffisantes.
Quelles solutions face à la sécheresse ?
Les spécialistes préconisent une approche globale : sobriété dans l'usage de l'eau, réutilisation des eaux usées, et modernisation des réseaux. Selon le ministère de la Transition écologique, 20% de l'eau potable est perdue à cause de fuites. Un chiffre qui interpelle alors que 93 départements sont concernés par des restrictions d'eau.
Quant à l'énergie, le développement des renouvelables et l'efficacité énergétique sont des priorités. « Le nucléaire seul ne résoudra pas le problème de la canicule, qui est avant tout un problème de climat », conclut Jean-Marc Jancovici. Les écologistes appellent à une « véritable transition écologique » plutôt qu'à des polémiques stériles.



