La Suède, souvent citée comme un modèle de rigueur budgétaire, a réussi en l'espace de quinze ans à transformer ses finances publiques. Alors que la France peine à maîtriser son déficit et sa dette, l'économiste Alban Magro, dans une tribune publiée par L'Express, détaille les réformes structurelles qui ont permis à Stockholm de retrouver des excédents et une croissance saine. Selon lui, ces leçons pourraient directement inspirer la politique économique française.
Un redressement spectaculaire en quinze ans
Au début des années 1990, la Suède connaissait une situation économique alarmante. Le déficit public atteignait 11 % du PIB, et la dette dépassait 70 % du PIB. Les taux d'intérêt explosaient, et la monnaie suédoise subissait des attaques spéculatives. C'est dans ce contexte de crise que le gouvernement suédois a lancé une série de réformes structurelles, explique Alban Magro. Ces mesures ont été progressives, mais cohérentes, et ont abouti à un retour à l'équilibre budgétaire dès le début des années 2000. Aujourd'hui, la Suède affiche régulièrement des excédents publics, une dette publique inférieure à 40 % du PIB et une croissance économique solide.
Les piliers du modèle suédois : discipline et transparence
Alban Magro identifie plusieurs piliers clés de ce redressement. Le premier est l'instauration d'une règle d'or budgétaire, votée par le Parlement suédois, qui impose un excédent des comptes publics sur l'ensemble du cycle économique. Cette règle est accompagnée d'un plafond de dépenses, fixé pour trois ans, qui oblige chaque gouvernement à respecter des enveloppes contraignantes. Ensuite, la transparence des finances publiques a été renforcée : chaque année, le gouvernement publie un rapport détaillé sur l'évolution des dépenses et des recettes, soumis à l'évaluation d'un conseil indépendant de politique budgétaire. Selon l'économiste, ce mécanisme de contrôle est essentiel pour éviter les dérives.
Des réformes applicables à la France ?
Pour Alban Magro, la France pourrait s'inspirer de ce modèle sans pour autant copier aveuglément. Il souligne que la Suède a su combiner rigueur budgétaire et investissements dans l'éducation, la recherche et les infrastructures. En France, le déficit public s'élevait à 5,5 % du PIB en 2023, et la dette publique dépassait 110 % du PIB. L'économiste estime que la mise en place d'une règle de dépenses pluriannuelle, associée à une évaluation indépendante des politiques publiques, permettrait de restaurer la crédibilité de la France auprès des marchés financiers. Il conclut que la leçon principale de la Suède est qu'un redressement est possible, à condition de faire preuve de constance et de transparence dans la gestion publique.



