Delphine d'Amarzit, directrice générale d'Euronext Paris, défend l'idée que l'entrée en Bourse peut permettre à une PME de garder le contrôle de sa stratégie, contrairement à une ouverture à un fonds d'investissement. Dans un entretien, elle détaille le fonctionnement d'Euronext, ses avantages pour les entreprises familiales et les programmes d'accompagnement proposés.
Euronext, un marché fédérateur européen
Euronext s'est construit par le regroupement de plusieurs places boursières européennes, explique Delphine d'Amarzit. Le projet consistait à accueillir toutes ces bourses sur une même plateforme technologique de pointe, rassemblant aujourd'hui les marchés de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Oslo, Lisbonne, Milan et Athènes. Cette taille permet d'attirer à la fois les investisseurs internationaux et les acteurs locaux, comme les particuliers et les intermédiaires financiers de chaque pays.
La fusion a débuté en 2000 avec Paris, Amsterdam et Bruxelles. La dernière acquisition date de fin 2025, avec la Bourse d'Athènes. Interrogée sur de futures acquisitions, la directrice générale indique qu'Euronext a pour mission de fédérer les bourses européennes, mais qu'il faut être deux pour se rencontrer. Aujourd'hui, Euronext est le plus grand marché fédéré de cette manière, avec 1 900 entreprises cotées, réparties entre le marché réglementé (grandes entreprises) et les marchés de croissance (PME, ETI). Parmi les plus grandes figurent ASML (Amsterdam) et Total, mais aussi des entreprises plus petites et en croissance.
Des volumes d'échanges et une capitalisation en hausse
Concernant les volumes d'échanges, Euronext concentre environ 25 % des échanges d'actions en Europe, en compétition avec d'autres plateformes de trading. Euronext elle-même est une société cotée, membre du CAC 40 depuis septembre. Delphine d'Amarzit précise que lors de la deuxième introduction en Bourse en 2014, la capitalisation était de 1,4 milliard d'euros ; elle atteint aujourd'hui 14,5 milliards d'euros, soit une multiplication par dix en un peu plus de dix ans. Euronext emploie un peu plus de 3 000 salariés, dont 500 en France, avec des métiers variés : attirer les entreprises, les suivre avant et après la cotation, assurer le trading et la sécurité des transactions.
Peu d'entreprises cotées dans le Sud-Est
Dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les entreprises cotées sont peu nombreuses. Dans les Alpes-Maritimes, on trouve Robertet, Virbac et Median technologies (cotée sur Euronext Growth). Dans le Var, Pizzorno Environnement est cotée. Delphine d'Amarzit note que les histoires boursières viennent souvent de loin : la première Bourse en France était à Lyon, qui a une tradition d'utilisation du marché. Dans le Sud, les entreprises sont souvent familiales et préfèrent garder un capital fermé. Pourtant, la Bourse peut être un moyen de garder son indépendance stratégique, car elle permet de lever des capitaux et de fournir de la liquidité aux investisseurs, notamment aux générations suivantes qui souhaitent sortir.
Le programme IPO Ready et l'accompagnement des PME
Euronext propose le programme IPO Ready (Initial Public Offering) pour accompagner les entreprises vers la cotation. Il s'agit d'un parcours d'initiation avec des master class sur les différents points à valider. Chaque année, quelques entreprises issues de ce programme se cotent. Les participantes jugent le programme très utile pour leur structuration. Initialement conçu pour les entreprises de la tech, il peut être décliné pour les entreprises familiales, de manière individuelle et confidentielle si elles le souhaitent.
Intérêt de la cotation pour une PME
Selon Delphine d'Amarzit, l'intérêt principal pour une PME d'entrer en Bourse est le financement. Lever des capitaux en Bourse permet de diluer de manière non dispersée et de maîtriser l'ouverture. Les entrepreneurs cotés sont souvent surpris par la puissance de la cotation comme outil de visibilité et de crédibilité, mais aussi par l'exposition accrue. Il faut être conscient des risques et avoir de bonnes raisons d'y aller. La réussite passe par une préparation rigoureuse : rédaction d'un prospectus soumis à l'Autorité des marchés financiers (AMF), rapport d'analyse, rencontres avec des investisseurs. Une fois cotée, l'entreprise doit rester attractive pour que ses actions s'échangent, mais certaines ont des actionnaires très stables avec peu d'échanges et en sont satisfaites.
L'actionnariat individuel en hausse
Euronext s'intéresse beaucoup à l'actionnariat individuel. Actuellement, 8 % des échanges d'actions sur Euronext concernent des actionnaires individuels, soit un doublement par rapport à la base historique. Delphine d'Amarzit souligne que les Français détiennent de plus en plus d'actions directement, notamment les jeunes, malgré un fort taux d'intermédiation via l'assurance-vie et les livrets réglementés. Elle considère que la détention d'actions est importante pour comprendre l'entreprise et bénéficier d'un rendement plus fort que l'épargne.



