Début des années 2000. Cité Bassens, 15e arrondissement de Marseille. Avec sa gouaille de minot, ses yeux sombres et pétillants, ses longs bras qui rythment ses phrases, Mehdi Laribi tape dans l’œil d’une directrice de casting venue faire des repérages sauvages. Le jeune ado est engagé par le réalisateur Christophe Ruggia, qui lui donne un petit rôle aux côtés d’Adèle Haenel dans « les Diables » (2002). Puis c’est Karim Dridi qui lui offre un second rôle dans « Khamsa » (2008). « Rachitique » (son surnom à l’écran, « Tic » en abrégé) y joue le copain délinquant de Marco, petit Gitan de 12 ans condamné à se débrouiller au milieu d’adultes fracassés dans un Marseille miséreux.
« Il était très juste et nature devant la caméra, se souvient Karim Dridi. Pendant les répétitions, il faisait partie des gamins difficiles à garder concentrés, il était turbulent mais il avait envie de bien faire et comprenait très vite. »
Du cinéma à la criminalité
Mehdi Laribi n’a jamais percé dans le cinéma. Comme tant d’autres adolescents des « quartiers », de Marseille ou d’ailleurs, il a suivi une de ces trajectoires criminelles éclair auxquelles magistrats et avocats sont habitués. Au début, il a rejoint la masse des « prolétaires du bizness », comme les appellent les enquêteurs. Mais l’explosion de la cocaïne a fourni aux plus déterminés l’occasion de s’emparer du marché de la drogue.
« Gaby », « Mamine » et « Tic » étaient des minots des quartiers Nord. Trois enfants perdus, jamais gâtés, qui comme tant d’autres ont versé dans la délinquance. Jusqu’au basculement dans la criminalité, lorsque l’explosion de la cocaïne a fourni aux plus déterminés l’occasion de s’emparer du marché de la drogue.
La DZ Mafia, un clan tout-puissant
La DZ Mafia est décrite comme « le Super U de la drogue » par les enquêteurs, un clan tout-puissant à la violence sans limite. Derrière cette toute-puissance se cachent trois gamins de Marseille tombés dans l’ultraviolence à l’adolescence. Leur ascension fulgurante illustre la transformation du trafic de stupéfiants dans la cité phocéenne.
Selon une source proche du dossier, la DZ Mafia contrôle désormais une part significative du marché de la cocaïne à Marseille, avec des revenus estimés à plusieurs millions d'euros par mois. La violence est leur marque de fabrique : règlements de comptes, exécutions sommaires, intimidation des concurrents et des témoins.
Un phénomène qui dépasse Marseille
Le parcours de ces trois jeunes n'est pas isolé. Dans toute la France, des adolescents des quartiers défavorisés sont attirés par l'argent facile du trafic de drogue. Mais rares sont ceux qui atteignent le sommet d'une organisation criminelle. La DZ Mafia a su profiter de l'explosion de la demande de cocaïne pour s'imposer comme un acteur majeur.
« C'est une génération perdue, explique un éducateur marseillais sous couvert d'anonymat. Ces gamins n'ont jamais eu de chance, ils ont grandi dans la violence et la misère. Le trafic était pour eux la seule issue. »



