À Saint-Jean-de-Minervois, Laurent Gaspard produit depuis 2008 des eaux-de-vie, gins et marcs inspirés de la région. Deux de ses créations viennent d’être médaillées lors d’un concours international de spiritueux à Londres.
Une histoire née d’un coup de cœur
L’histoire de la distillerie du Petit Grain commence par un coup de cœur. Originaire de la région bordelaise, Laurent Gaspard découvre le Minervois au milieu des années 1990. « Les vignes y étaient en liberté, les paysages, encore sauvegardés. Cela a été un bouleversement », confie-t-il. Cet ancien enseignant s’y installe définitivement en 2002 et cherche une activité capable de s’inscrire dans cet environnement, sans le brusquer. Ce sera la distillation.
En 2008, il crée ainsi à Saint-Jean-de-Minervois une microdistillerie artisanale. Le démarrage de l’activité est lent, mais la viabilité se construit au fil des années grâce au bouche-à-oreille de cavistes et restaurateurs en région Occitanie puis jusqu’à Paris. Aujourd’hui, la distillerie produit environ 9 000 bouteilles par an, sur un positionnement « artisanal premium ». « L’artisanat, pour moi, c’est être impliqué manuellement dans toutes les opérations », explique le fondateur.
Des matières premières nobles
Autodidacte, Laurent Gaspard a construit ses méthodes grâce aux retours de ses clients et des fabricants d’alambics, à une époque où les formations étaient inexistantes. Sa signature : des eaux-de-vie et gins élaborés sans aromatisation, à partir de matières premières locales soigneusement choisies. Les marcs occupent une place centrale. « Une peau de raisin dit autant, parfois plus, que le jus. Elle parle du cépage, du millésime et du sérieux du vigneron. » Chaque marc utilisé par Laurent Gaspard est identifié par son domaine, son cépage et sa cuvée, dans une logique de traçabilité, à rebours de certaines pratiques industrielles.
Pour les fruits, l’exigence est tout aussi forte : seuls des fruits mûris sur l’arbre conviennent. Mettre au point une recette peut prendre cinq à six ans, au fil de la macération, de la fermentation et des divers ajustements aromatiques. « Je m’attache à imaginer des produits singuliers, avec une fraîcheur, une intensité et une longueur en bouche qu’on ne trouve pas ailleurs. »
Une belle reconnaissance
Cette démarche, construite d’abord dans l’ombre, a valu à la distillerie plusieurs reconnaissances. En 2021, le critique gastronomique François-Régis Gaudry classe son gin numéro 1 lors d’une dégustation à l’aveugle de gins français. « C’était un coup de pouce magistral. J’avais cinq à six appels par heure ! » Plus récemment, en avril 2026, la Poire Williams décroche une médaille d’or et le Gin aux agrumes, une médaille d’argent au concours de spiritueux London Spirits Competition.
En parallèle, de grands noms du Bordelais ont sollicité Laurent Gaspard pour des projets de distillation. « Quand des maisons parmi les plus prestigieuses vous sollicitent, c’est une belle reconnaissance. » Fidèle à une production limitée, Laurent Gaspard regarde désormais vers l’export qui représente déjà 25 % des ventes, avec des pistes outre-Atlantique.



