Avec les baisses d'impôts, la hausse des dépenses militaires et la proposition de distribuer 2 000 dollars par an à chaque ménage, le déficit public des États-Unis approchera 6 % du PIB en 2026. Le taux d'endettement public du pays (qui ne prend en compte que la dette fédérale), qui était de 121 % au début de 2026, devrait atteindre 133 % du PIB en 2030.
Situation par pays
Au Royaume-Uni, le déficit public, qui était de 5,2 % du PIB en 2025, devrait atteindre 4,3 % en 2026. Son taux d'endettement public était de 96 % du PIB au début de 2026 et est en augmentation. En France, le déficit public, qui était de 5,1 % du PIB en 2025, devrait avoisiner 5 % du PIB en 2026 ; le taux d'endettement public à la fin de 2025 était de 117 % du PIB.
En Italie, le déficit public a été limité à 3,1 % du PIB en 2025 et devrait être légèrement inférieur à ce niveau en 2026, mais le taux d'endettement public est très élevé, à 138 % du PIB. En Espagne, le déficit public est faible (2,5 % du PIB en 2025, 2,1 % en 2026), mais le taux d'endettement public reste élevé (100 % du PIB). Au Japon, le déficit public devait se limiter à 2,4 % du PIB dans l'année fiscale 2025, mais la Première ministre, Sanae Takaichi, a annoncé des dépenses publiques supplémentaires de 3,1 % du PIB, alors que le taux d'endettement public est de 235 % du PIB.
On voit que de nombreux grands pays de l'OCDE (États-Unis, Royaume-Uni, France) ont un problème de déficit public excessif et un taux d'endettement public très élevé et en hausse.
Des taux d'intérêt qui restent faibles
Pourtant, les taux d'intérêt à long terme restent assez faibles (autour de 4,3 % aux États-Unis, de 4,8 % au Royaume-Uni, de 3,7 % en France, de 3,8 % en Italie, de 3,5 % en Espagne et de 2,4 % au Japon) et n'augmentent pas. Le taux d'intérêt à long terme est inférieur à la croissance nominale prévue en 2026 aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne et au Japon ; il est supérieur à la croissance nominale en France et en Italie, mais ceci est dû à la faiblesse de l'inflation dans ces pays par rapport à l'inflation moyenne dans la zone euro.
On ne voit donc pas de signe d'une inquiétude des investisseurs quant à la situation budgétaire de ces pays malgré, dans certains cas, des déficits publics élevés (États-Unis, Royaume-Uni, France, Japon après le budget supplémentaire) et, dans tous les cas, un taux d'endettement public élevé ou très élevé.
Pourquoi cet optimisme des investisseurs ?
Pourquoi cet optimisme des investisseurs quant à la situation des finances publiques de ces pays ? En ce qui concerne la zone euro, cette approche est raisonnable. En effet, la BCE ne peut accepter l'apparition d'un risque de défaut dans un grand pays de la zone, car il ferait naître une défiance vis-à-vis de tous les actifs financiers libellés en euro. La BCE achèterait donc de la dette française (par exemple) si les taux d'intérêt auxquels le Trésor français était confronté devenaient anormalement élevés.
Mais on peut nourrir davantage d'inquiétude en ce qui concerne la dette publique des États-Unis, du Royaume-Uni ou du Japon. Il ne s'agirait pas, s'il y avait une difficulté majeure de financement des déficits publics, d'une crise portant sur une seule région d'une union monétaire, mais d'une crise concernant toute la dette publique émise en dollars, en livres sterling ou en yens. Dans la zone euro, on compte de nombreux pays avec des taux d'endettement publics faibles (Allemagne, Irlande, Pays-Bas, pays Baltes, Luxembourg, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Bulgarie, Croatie, Malte) et peu de pays (France, Belgique, Finlande, Autriche) avec un déficit public prévu en 2026 supérieur à 3 % du PIB. Une crise de la dette publique serait donc une crise locale et non globale, alors qu'elle serait globale aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon.
Le cas des États-Unis
Parmi ces trois pays, la situation des États-Unis, qui affichent une dette extérieure nette de près de 100 % du PIB à la fin de 2025, apparaît nettement plus fragile que celle du Royaume-Uni (qui a une dette extérieure de 5 % du PIB) ou du Japon (dont les actifs extérieurs nets représentent 91 % du PIB). Les montants des dettes et actifs extérieurs montrent que c'est aux États-Unis qu'il faut surtout craindre qu'une baisse de la demande d'actifs financiers ou réels (investissements dans les entreprises) puisse déclencher une crise qui serait à la fois une crise de change et une crise de la dette publique.
Au total, les investisseurs tablent aujourd'hui sur une faible probabilité du déclenchement d'une crise financière, particulièrement d'une crise de la dette publique, dans les grands pays de l'OCDE. Cette vision nous paraît optimiste, particulièrement en ce qui concerne les États-Unis où toutes les composantes d'une crise potentielle sont rassemblées : déficit public et taux d'endettement élevés, dette extérieure très importante.



