Matthieu Pigasse, banquier d'affaires et ancien propriétaire du groupe Le Monde, a déclaré n'avoir « aucune inquiétude » concernant la dette publique de la France, qui a franchi le seuil des 3 000 milliards d'euros en 2023. Dans un entretien accordé à France Inter, il a estimé que la dette reste soutenable en raison de taux d'intérêt historiquement bas, une position qui a suscité de vives réactions dans le débat public.
Une dette record mais des taux favorables
La dette publique française atteint désormais 112,5 % du PIB, un niveau record. Pourtant, pour Matthieu Pigasse, ce chiffre ne doit pas alarmer. « Je n'ai aucune inquiétude sur la dette de la France », a-t-il affirmé, arguant que le coût du service de la dette reste maîtrisé grâce à des taux d'intérêt bas. Selon lui, la charge de la dette ne représente qu'environ 1,7 % du PIB, un niveau inférieur à celui des années 1990. « Le taux moyen de la dette française est aujourd'hui inférieur à 1,5 %, ce qui rend la charge très supportable », a-t-il précisé.
Un cynisme dénoncé par ses détracteurs
Les propos de Pigasse ont été qualifiés de « cyniques » par plusieurs économistes et responsables politiques. L'économiste Thomas Piketty a notamment souligné que cette vision néglige les risques de hausse des taux et la nécessité de réduire les inégalités. « Dire que la dette n'est pas un problème, c'est faire preuve d'un cynisme dangereux pour les générations futures », a-t-il tweeté. De son côté, le député LFI Éric Coquerel a dénoncé « une provocation de plus de la part d'un représentant de la finance qui ne se soucie pas des comptes publics ». Pigasse a répondu à ces critiques en affirmant que « le vrai problème n'est pas le montant de la dette, mais la capacité à investir dans la transition écologique et la justice sociale ».
Un débat sur la soutenabilité de la dette
Cette controverse relance le débat sur la soutenabilité de la dette française. Si certains économistes partagent l'avis de Pigasse, estimant que la dette est gérable tant que la croissance dépasse le taux d'intérêt, d'autres mettent en garde contre un endettement excessif. La Commission européenne a récemment averti la France sur le niveau de sa dette, et les agences de notation surveillent de près la situation. « Le risque est que la confiance des investisseurs s'érode, ce qui pourrait entraîner une hausse brutale des taux », a expliqué l'économiste Jean-Marc Daniel.
Des implications politiques et économiques
Les déclarations de Matthieu Pigasse interviennent alors que le gouvernement prépare le budget 2025, avec pour objectif de réduire le déficit public sous la barre des 3 % du PIB. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a réaffirmé la nécessité de « maîtriser la dette » pour préserver la souveraineté économique. « Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser filer la dette, car cela mettrait en péril notre capacité à faire face aux crises futures », a-t-il déclaré. Le débat illustre les tensions entre une approche keynésienne, qui privilégie l'investissement public, et une approche plus orthodoxe, qui insiste sur la rigueur budgétaire.



