L'implantation massive de data centers aux États-Unis provoque une vague de contestation sans précédent. Dans plusieurs États, des collectifs citoyens et des élus locaux s'opposent à la construction de ces infrastructures voraces en eau et en électricité. Selon une enquête de Libération, la fronde gagne du terrain, de la Virginie à l'Oregon.
Une consommation énergétique colossale
Les data centers sont de véritables gouffres énergétiques. Aux États-Unis, ils représentent environ 2 % de la consommation totale d'électricité du pays, un chiffre qui pourrait tripler d'ici 2030 selon le Department of Energy. En Virginie du Nord, où se concentre la plus grande densité de data centers au monde, la demande en électricité a bondi de 40 % en cinq ans. Les habitants dénoncent des factures d'électricité en hausse et des risques de pannes.
« Nous avons l'impression que notre qualité de vie est sacrifiée pour le cloud », témoigne Sarah Johnson, membre du collectif « No Data Centers in Our Backyard » dans le comté de Loudoun. Les promoteurs, eux, mettent en avant les emplois et les retombées fiscales.
La question de l'eau, un enjeu clé
Outre l'électricité, l'eau est au cœur des préoccupations. Les data centers utilisent des systèmes de refroidissement qui consomment des millions de litres d'eau par jour. En Arizona, un projet près de Phoenix a suscité l'ire des agriculteurs, déjà confrontés à une sécheresse historique. « Nous n'avons pas d'eau à gaspiller pour des serveurs », s'indigne Mark Ramirez, producteur de coton.
Selon un rapport de l'Environmental Protection Agency, un data center de taille moyenne utilise autant d'eau qu'une ville de 10 000 habitants. Face à la pression, certains États comme l'Oregon ont imposé des moratoires sur les nouvelles constructions, le temps d'évaluer l'impact environnemental.
Des élus locaux se mobilisent
La fronde ne se limite pas aux citoyens. Des élus locaux, républicains comme démocrates, prennent position. Dans le comté de Prince William (Virginie), le conseil municipal a rejeté en mars 2024 un projet géant d'Amazon Web Services, invoquant des nuisances sonores et visuelles. « Nous ne sommes pas contre la technologie, mais nous voulons qu'elle s'installe de manière responsable », a déclaré le superviseur local, John Jenkins.
De son côté, l'industrie se défend. « Les data centers sont essentiels à l'économie numérique et nous travaillons à réduire notre empreinte », assure Kate Stewart, porte-parole de la Data Center Coalition. Elle rappelle que les géants du secteur comme Google et Microsoft se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d'ici 2030.
Vers une régulation accrue ?
Face à la multiplication des conflits, plusieurs États envisagent des lois pour encadrer l'implantation des data centers. Le Maryland a adopté un texte obligeant les promoteurs à démontrer l'absence d'impact négatif sur le réseau électrique et les ressources en eau. En Californie, une proposition de loi vise à taxer les data centers pour financer la transition énergétique.
Selon un sondage réalisé par le Pew Research Center, 68 % des Américains se disent favorables à une régulation plus stricte des data centers. Une tendance qui pourrait freiner l'expansion fulgurante du secteur, alors que le nombre de ces infrastructures devrait doubler d'ici 2027 aux États-Unis.



