Côte d'Ivoire : les liens secrets de Bédié avec le groupe Castel
Côte d'Ivoire : Bédié et Castel, des liens secrets

Une enquête du journal Le Monde, publiée le 25 juin 2026, met en lumière les relations financières étroites entre l'ancien président ivoirien Henri Konan Bédié, décédé en 2023, et le groupe français Castel, leader africain du secteur brassicole. Selon des documents consultés par le journal, ces liens remontent aux années 1990 et ont perduré jusqu'à la mort de Bédié.

Des participations croisées et des prêts occultes

L'enquête révèle que Bédié détenait, via des sociétés écrans, des parts dans plusieurs filiales ivoiriennes de Castel, notamment la Société de Limonaderies et de Boissons Rafraîchissantes d'Afrique (Solibra). Les documents montrent que l'ancien président a bénéficié de prêts non déclarés de la part du groupe, à hauteur de plusieurs millions d'euros. Ces prêts auraient servi à financer ses campagnes politiques et à entretenir son train de vie.

Un ancien cadre de Castel, cité sous couvert d'anonymat, affirme : "Henri Konan Bédié était un partenaire stratégique. En échange de ces avantages, il facilitait les affaires du groupe en Côte d'Ivoire, en obtenant des dérogations fiscales et en verrouillant le marché face à la concurrence." Le groupe Castel, de son côté, n'a pas commenté ces révélations.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un système de corruption bien rodé

Les liens entre Bédié et Castel s'inscrivent dans un système plus large de corruption qui a permis au groupe français de dominer le marché ivoirien de la bière, avec une part de marché estimée à plus de 80 % dans les années 2000. Selon les documents, des versements en espèces étaient régulièrement effectués par des intermédiaires à des proches de Bédié, en échange de contrats juteux et de protections réglementaires.

Un rapport d'audit interne de Castel, daté de 2018 et que Le Monde a pu consulter, mentionne explicitement "des paiements à des agents gouvernementaux ivoiriens" sans toutefois nommer Bédié. Le groupe a depuis mis en place un programme de conformité, mais les faits antérieurs n'ont pas été rendus publics.

Des conséquences sur l'économie ivoirienne

Ces pratiques ont eu un impact direct sur l'économie ivoirienne. En maintenant un quasi-monopole, Castel a pu imposer des prix élevés, freinant le développement d'une industrie locale concurrente. Selon des données de la Banque mondiale, le prix moyen de la bière en Côte d'Ivoire était de 15 % supérieur à celui des pays voisins comme le Ghana ou le Burkina Faso.

L'ONG Transparency International, dans un communiqué, a appelé à une enquête approfondie : "Ces révélations montrent comment des multinationales peuvent s'immiscer dans la politique africaine. Il est urgent que la justice ivoirienne fasse la lumière sur ces affaires."

L'héritage de Bédié terni

Henri Konan Bédié, président de 1993 à 1999, est resté une figure influente jusqu'à sa mort. Ces révélations risquent de ternir son image, lui qui se présentait comme un défenseur de la démocratie et de la transparence. Ses proches, interrogés, dénoncent une "campagne de diffamation" et affirment que toutes ses activités étaient légales.

Le groupe Castel, basé à Paris, est présent dans 26 pays africains. Il produit des marques emblématiques comme Castel Beer, Beaufort ou encore Mützig. En Côte d'Ivoire, il emploie directement plus de 5 000 personnes et génère des milliers d'emplois indirects. L'affaire pourrait avoir des répercussions sur ses activités dans le pays, où la concurrence s'intensifie avec l'arrivée de nouveaux acteurs comme Heineken ou Diageo.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale