Le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire portant sur des soupçons de corruption et de détournement de fonds publics dans l'attribution de subventions aux entreprises à La Réunion, a-t-on appris de source judiciaire, confirmant une information du quotidien régional Le Quotidien de La Réunion.
L'enquête, confiée à l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), vise à déterminer si des responsables publics et des chefs d'entreprise ont mis en place un système de détournement de subventions publiques, notamment celles destinées au développement économique de l'île. Selon les premières constatations, plusieurs millions d'euros auraient été détournés entre 2018 et 2023.
Des subventions attribuées sans contrôle
Les investigations portent sur une cinquantaine de dossiers de subventions accordées par la région Réunion et par l'État dans le cadre de fonds européens et nationaux. Les montants concernés varient de 50 000 à plusieurs centaines de milliers d'euros par entreprise. Les soupçons portent sur des attributions sans appel d'offres, des factures fictives et des surfacturations.
Le PNF a été saisi après un signalement de l'Agence française anticorruption (AFA) qui avait relevé des anomalies dans la gestion de ces aides publiques. Une perquisition a eu lieu en juin 2026 dans les locaux de la région Réunion, ainsi que dans plusieurs entreprises de l'île, a précisé une source proche du dossier.
Un système présumé bien organisé
Selon les enquêteurs, un réseau de consultants et d'intermédiaires aurait facilité l'obtention frauduleuse de subventions en échange de commissions occultes. Les bénéficiaires présumés sont des sociétés actives dans les secteurs du tourisme, de l'agriculture et des services. "Nous avons mis au jour un système parfaitement rodé de captation de fonds publics", a déclaré une source judiciaire sous couvert d'anonymat.
Le préjudice total est estimé à plus de 10 millions d'euros, selon une première évaluation. Les investigations devront déterminer si des élus locaux ou des hauts fonctionnaires ont été impliqués dans ce trafic d'influence.
Réactions politiques et suites judiciaires
La présidente de la région Réunion, Huguette Bello, a réagi en déclarant "attendre les conclusions de l'enquête avec sérénité" et en rappelant que la région avait renforcé ses contrôles internes depuis 2024. De son côté, le préfet de La Réunion a annoncé la suspension de versement de certaines subventions en cours d'instruction.
L'enquête préliminaire pourrait déboucher sur l'ouverture d'une information judiciaire dans les prochains mois. Le PNF n'a pas souhaité faire de commentaire supplémentaire. Cette affaire relance le débat sur la transparence de l'attribution des aides publiques dans les territoires ultramarins.



