Affaire Bolloré : polémique à Cannes et remous chez Grasset
Bolloré : polémique Cannes et remous Grasset

À un an de l'élection présidentielle, l'expansion des activités du milliardaire conservateur Vincent Bolloré électrise le débat public. Une pétition retentissante au Festival de Cannes et des remous chez Grasset illustrent les inquiétudes croissantes.

Une pétition qui enflamme Cannes

Le 12 mai, jour d'ouverture du festival, le journal Libération a publié une tribune « anti-Bolloré » dénonçant l'« emprise grandissante de l'extrême droite » dans le cinéma via le milliardaire breton et son « projet civilisationnel réactionnaire ». En riposte, Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a annoncé que son groupe boycotterait les signataires. Si la pétition témoigne de craintes réelles, elle a été jugée maladroite par les organisations professionnelles, qui n'ont pas signé, faute d'exemples de censure. Canal+ finance en effet une grande variété de films sans orientation idéologique particulière.

Les motivations des signataires

François Aymé, directeur du cinéma Jean-Eustache à Pessac, fait partie des premiers signataires. Il explique : « Cette tribune a posé publiquement la question de l'influence de Vincent Bolloré. Elle souligne aussi que Canal prévoit de racheter le réseau UGC en 2028, accélérant la concentration. On peut soit prendre le risque qu'il fasse au cinéma ce qu'il a fait au Journal du dimanche ou à CNews, soit sonner l'alerte. »

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Remous chez Grasset

Un mois avant le festival, le limogeage d'Olivier Nora, directeur de Grasset, avait déjà provoqué une montée en tension. Des dizaines d'écrivains ont annoncé leur départ de la maison dans une lettre ouverte, refusant d'être « les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l'autoritarisme dans la culture et les médias ».

Un empire contesté

Vincent Bolloré est présent dans la télévision (Canal+), la radio (Europe 1), la presse (Journal du dimanche, Prisma) et l'édition (Hachette). Accusé d'avoir un agenda idéologique au service de l'extrême droite, il se défend : « Tout ça, c'est des tartes à la crème… Je n'ai aucun projet idéologique », affirmait-il en 2024 devant l'Assemblée nationale.

Analyse d'un expert

Philippe Bailly, président du cabinet NPA Conseil, nuance : « Vincent Bolloré a imprimé une inflexion éditoriale à CNews, Europe 1, au Journal du dimanche, à Fayard… Mais ces réorientations marchent bien en audience et en ventes. Ce ne serait pas son intérêt économique d'appliquer la même méthode à Canal+, leader mondial avec un catalogue annuel large. De plus, des clauses strictes encadrent les investissements de Canal dans le cinéma. »

Réactions politiques

À droite et à l'extrême droite, Bolloré reçoit des soutiens soulignant sa liberté d'entrepreneur. À gauche, les Insoumis promettent une « grande loi anticoncentration des médias » en cas de victoire en 2027. La députée Clémence Guetté a affirmé qu'il s'agit d'une « urgence ». Une note de la Fondation Jean-Jaurès juge les lois actuelles efficaces contre les concentrations horizontales mais insuffisantes face aux concentrations verticales. Un spécialiste des médias conclut : « Rien ne se fera avant 2027. Vincent Bolloré a les mains libres, et il le sait. »

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