Guerre au Moyen-Orient : vers un accord entre l'Iran et les États-Unis ?
L'Iran et les États-Unis ont annoncé samedi une avancée significative vers un accord de fin des hostilités, après des semaines de tensions et de tractations diplomatiques. Téhéran finalise un protocole prévoyant la réouverture du détroit d'Ormuz, bloqué depuis le 28 février, tandis que Donald Trump évalue à "50-50" les chances de succès d'un "bon" accord ou d'une reprise des combats.
Les points clés des négociations
Ce samedi, Donald Trump et Téhéran confirment une "tendance au rapprochement" pour mettre fin à la guerre débutée le 28 février. Un protocole d'accord est en phase de finalisation, bien que le président américain reste prudent. Les discussions portent sur la réouverture du détroit d'Ormuz, le dégel d'avoirs iraniens et une trêve de 30 jours. Le dossier nucléaire est exclu des débats pour l'instant, au profit de la levée du blocus naval imposé par les États-Unis. Sous l'égide de médiateurs, comme le maréchal pakistanais Asim Munir ou le Qatar, les efforts visent à consolider le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril et à stabiliser la région, du golfe Persique jusqu'au Sud-Liban.
Une percée diplomatique prudente
Un tel accord "se rapproche grandement", a affirmé le président américain Donald Trump, estimant à "50-50" les chances d'un "bon" accord ou d'une reprise de la guerre, dans des déclarations à des médias américains. Plus tôt samedi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, avait affirmé qu'"après plusieurs semaines de pourparlers bilatéraux, on observe une tendance au rapprochement" avec les positions américaines. Il a révélé que son pays était en "phase de finalisation" d'un protocole d'accord avec Washington en vue de cesser les hostilités, mais souligné que "cela ne signifie pas nécessairement que nous et les États-Unis parviendrons à un accord sur les questions importantes". M. Baghaï a précisé que le dossier nucléaire ne faisait pas partie "à ce stade" de l'accord en discussions, au contraire de la levée du blocus naval imposé par les États-Unis et de la question du détroit d'Ormuz, bloqué de facto par l'Iran depuis le début de la guerre lancée par les États-Unis et Israël le 28 février.
Diplomatie tous azimuts
Selon CBS News, qui cite des sources proches des discussions, la dernière proposition comprendrait la réouverture du détroit d'Ormuz, le dégel de certains actifs iraniens dans des banques à l'étranger, et la poursuite des négociations pour 30 jours supplémentaires. La chaîne n'a cependant pas précisé quelle partie était à l'origine de ces propositions. La percée apparente est intervenue après des semaines de blocages et de menaces. Encore samedi, le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait promis une réponse "écrasante" si les États-Unis reprenaient leur guerre contre l'Iran, dans la foulée d'informations de médias américains sur le fait que le président Trump envisageait de nouvelles frappes contre Téhéran. M. Ghalibaf s'est exprimé à l'issue d'une rencontre avec le chef de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, venu dans la capitale iranienne dans le cadre des efforts de médiation d'Islamabad.
Entretien Trump-Macron
Selon BFMTV, le chef de l'État Emmanuel Macron s'est entretenu, ce samedi, avec le président américain Donald Trump. L'échange portait sur la situation au Moyen-Orient et dans le détroit d'Ormuz, a confié une source proche de l'Élysée. Le président de la République s'est également entretenu avec d'autres dirigeants du Golfe, à savoir le roi de Jordanie, l'émir du Qatar ou encore Mohammed ben Salmane, le Prince héritier d'Arabie saoudite. Après plus d'un mois de guerre qui a fait des milliers de morts et secoué l'économie mondiale, un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les États-Unis. Arrivé vendredi à Téhéran, le maréchal Munir a également discuté avec le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Ce dernier a aussi eu des entretiens téléphoniques diplomatiques avec ses homologues de Turquie, d'Irak, d'Oman et du Qatar, selon l'agence de presse officielle Irna. L'émir de ce dernier pays, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a discuté samedi au téléphone avec M. Trump et a appelé à "donner la priorité aux solutions pacifiques", selon son bureau. Le souverain s'est également entretenu avec le prince héritier saoudien et le président des Émirats arabes unis, tandis que le Premier ministre qatari, également chargé des Affaires étrangères, a multiplié les contacts avec les chefs des diplomaties émiraties, égyptienne, jordanienne et turque.
"Ni guerre, ni paix"
Le Qatar, comme d'autres pétromonarchies du Golfe alliées des États-Unis, a été visé par des tirs iraniens de représailles sur son territoire lors des premières semaines de la guerre. Donald Trump cherche une issue à cette guerre impopulaire dans son pays, qui a gravement perturbé l'économie mondiale. Un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde transitaient par le détroit d'Ormuz avant le conflit. Alors que l'Iran et les États-Unis échangent depuis des semaines des menaces, des Iraniens ne cachent pas leur lassitude. "L'état de 'ni guerre ni paix' est bien pire que la guerre elle-même. On ne peut même pas prévoir quelque chose d'aussi simple que s'inscrire à une salle de sport – encore moins des projets plus importants", déplore Shahrzad, une femme au foyer de 39 ans, jointe au téléphone depuis Paris. Ali, qui habite à Tonekabon, dans le nord du pays, dit ne faire face "qu'au désespoir (et) à l'incertitude". "J'ai l'impression de ne pouvoir gérer que les besoins essentiels de la vie", raconte cet homme de 49 ans dans un message sur Whatsapp. Sur le front libanais, l'armée israélienne a annoncé samedi que l'un de ses soldats avait été tué la veille près de la frontière, côté israélien, portant à 22 le nombre de morts dans ses rangs depuis le début de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien. L'armée libanaise a indiqué de son côté qu'une frappe israélienne avait ciblé samedi une caserne dans le sud du pays, blessant un soldat, au moment où Israël multiplie les raids et appels à évacuer dans plusieurs villages en dépit du cessez-le-feu avec le Hezbollah entré en vigueur le 17 avril. Le Hezbollah a affirmé samedi qu'un message en provenance de l'Iran montrait qu'il n'abandonnerait pas le mouvement libanais pro-iranien, alors que le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a indiqué que son pays donnait la priorité à "la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban".



