Deux figures présumées du narcotrafic international, Mehdi Laribi et Djamel Djeha, ont été arrêtées en Algérie, selon des sources concordantes. Ces arrestations, intervenues dans un contexte de tensions diplomatiques, sont perçues comme un signe de timide réchauffement entre Paris et Alger.
Une coopération judiciaire inédite
Les arrestations de Laribi et Djeha, tous deux recherchés par la justice française, ont été menées par les autorités algériennes. Selon une source proche du dossier, il s'agit d'une « première étape » dans la relance de la coopération judiciaire entre les deux pays. Les deux hommes sont suspectés d'être à la tête d'un vaste réseau de trafic de stupéfiants opérant entre l'Afrique du Nord et l'Europe.
Mehdi Laribi, 45 ans, était sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis par la France pour trafic de cocaïne et d'héroïne. Djamel Djeha, 52 ans, est quant à lui poursuivi pour blanchiment d'argent et association de malfaiteurs. Leur arrestation a été saluée par les autorités françaises, qui y voient un « geste fort » de la part d'Alger.
Un contexte diplomatique délicat
Ces arrestations interviennent alors que les relations entre Paris et Alger sont au plus bas depuis plusieurs mois. Les tensions se sont cristallisées autour de la question mémorielle, des visas et de la situation politique en Algérie. En décembre 2024, la France avait décidé de restreindre l'octroi de visas aux Algériens, provoquant une vive réaction d'Alger.
Selon un diplomate français, ces arrestations pourraient ouvrir la voie à une « reprise du dialogue » sur des dossiers sensibles. « C'est un signal positif, mais il faut rester prudent. Les contentieux restent nombreux », a-t-il déclaré sous couvert d'anonymat.
Des réactions contrastées
En Algérie, l'opinion publique est partagée. Certains y voient une preuve de la bonne volonté du gouvernement algérien dans la lutte contre le crime organisé. D'autres, plus critiques, dénoncent une « soumission » aux pressions françaises. Le journal El Watan a évoqué « une main tendue » de la part d'Alger, tandis que le quotidien Liberté parle d'« une opération de communication ».
Du côté des familles des personnes arrêtées, l'incompréhension domine. « Mon client conteste les faits qui lui sont reprochés. Il n'a jamais été impliqué dans un quelconque trafic », a affirmé Me Ahmed Ould Kaci, avocat de Djamel Djeha. Une demande de mise en liberté a été déposée, mais le parquet d'Alger s'y oppose.
Quelles conséquences pour la suite ?
Ces arrestations pourraient avoir un impact sur les négociations en cours entre les deux pays, notamment sur la question des visas et de la coopération sécuritaire. Selon une source diplomatique, une réunion de haut niveau pourrait être organisée dans les prochaines semaines pour discuter de ces sujets.
Pour les observateurs, le geste d'Alger est d'autant plus significatif qu'il intervient à quelques mois des élections présidentielles algériennes. « Le pouvoir algérien cherche à montrer sa capacité à coopérer avec l'Occident, tout en ménageant son opinion publique », analyse le politologue algérien Karim Amellal.
En attendant, les deux hommes restent détenus en Algérie, en attendant une éventuelle extradition vers la France. Une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois, voire des années, au vu des précédents.



