Dans une tribune publiée sur Le Point, l'essayiste britannique David Goodhart examine la montée du Rassemblement National (RN) en France et propose une figure politique capable d'inverser la tendance : Andy Burnham, le maire travailliste de Manchester. Selon Goodhart, Burnham incarne une voie médiane qui pourrait servir de modèle aux politiques français cherchant à reconquérir les électeurs populistes.
Le succès d'Andy Burnham face au populisme
Andy Burnham, réélu en 2024 avec 63% des voix, a su séduire une large coalition d'électeurs, y compris ceux tentés par le Brexit ou le parti Reform UK. Goodhart souligne que son approche mêle fermeté sur l'immigration et investissements publics massifs, notamment dans les transports et le logement. « Burnham combine une position d'autorité sur les questions de sécurité et d'immigration avec un programme social ambitieux », écrit Goodhart.
Cette stratégie a permis au Labour de regagner des bastions perdus au profit des conservateurs et des populistes. Goodhart note que le maire de Manchester a su répondre aux préoccupations des classes populaires sans tomber dans la démagogie.
Les leçons pour la gauche française
Pour Goodhart, la France pourrait s'inspirer de ce modèle pour contrer le RN. Il observe que la gauche française est trop souvent perçue comme déconnectée des réalités locales et trop axée sur les questions identitaires. « Les électeurs du RN ne sont pas des fascistes, mais des personnes qui se sentent abandonnées par l'establishment », rappelle-t-il.
L'essayiste suggère que des figures comme le maire de Lille ou d'autres élus locaux pourraient adopter une ligne similaire, alliant pragmatisme économique et fermeté républicaine. Il cite l'exemple de la politique de logement social à Manchester, qui a réduit l'errance et amélioré la cohésion sociale.
Un contexte politique tendu en France
En France, le RN est crédité de 30% des intentions de vote, selon un sondage récent. Goodhart estime que la gauche doit impérativement renouveler son discours pour ne pas laisser le champ libre à l'extrême droite. « La social-démocratie doit retrouver une crédibilité sur les questions de souveraineté et de contrôle des frontières », insiste-t-il.
Il conclut que l'exemple de Burnham montre qu'il est possible de battre le populisme sans renoncer à ses valeurs progressistes. « Il faut parler aux peurs des gens tout en leur offrant des solutions concrètes », résume-t-il.



