Ce lundi, l'Union européenne a infligé une amende de 550 millions d'euros à AliExpress, la plateforme chinoise de commerce en ligne filiale d'Alibaba, pour avoir permis la vente de produits illégaux aux consommateurs européens. Parmi ces produits figurent des jouets dangereux et des vêtements contrefaits qui avaient suscité la polémique.
Sanction pour non-respect du règlement sur les services numériques
La société AliExpress est sanctionnée pour avoir manqué à ses obligations découlant du règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), qui lui impose « d'évaluer et d'atténuer avec diligence les risques liés à la vente sur sa plateforme de produits illégaux, dangereux ou contrefaits », a annoncé la Commission européenne après plus de deux ans d'investigations. Il s'agit de l'amende la plus élevée prononcée par Bruxelles au titre du DSA depuis l'adoption de cette loi en 2022.
Failles dans le système de détection et négligence dans les sanctions
La Commission européenne estime notamment que le système de détection des produits interdits à la vente mis en place par AliExpress ne fonctionnait pas du tout lorsque son enquête a été lancée en mars 2024. « Nous avons repéré un grand nombre de contrefaçons, mais aussi des jouets et des cosmétiques dangereux, qui restaient très longtemps en vente », a expliqué Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée du Numérique. En outre, « les pénalités appliquées par AliExpress aux vendeurs pris en défaut n'étaient pas efficaces car leurs boutiques restaient actives » longtemps après, a-t-elle ajouté. Enfin, les vendeurs malintentionnés pouvaient facilement contourner les systèmes de vérification de conformité des produits, car les équipes dédiées étaient sous-dimensionnées.
Mesures correctives exigées sous trois mois
La sanction impose à AliExpress de soumettre à la Commission européenne, d'ici trois mois, des mesures visant à revenir dans les clous du DSA, sous peine d'amendes périodiques. L'an dernier, l'exécutif européen avait accepté des mesures proposées par le groupe pour régler à l'amiable plusieurs manquements, mais avait prévenu qu'il risquait une sanction pour d'autres motifs.
Protection du marché contre la concurrence chinoise
Ce n'est pas la première fois que la Commission européenne inflige de telles amendes. Dans le cadre d'une enquête menée en parallèle, elle avait précédemment infligé à Temu, autre plateforme chinoise très populaire en Europe, une amende de 200 millions d'euros fin mai, pour avoir permis la distribution de produits illégaux, sanction contestée par l'entreprise. X, le réseau social d'Elon Musk, avait écopé d'une amende de 120 millions d'euros fin 2025 pour manquement à des obligations de transparence du DSA. Cette nouvelle sanction survient alors que l'UE a multiplié les mesures pour protéger son marché face à une concurrence chinoise jugée déloyale, notamment via une taxe de 3 euros minimum sur les petits colis importés.
Réaction d'AliExpress et défense de la Commission
AliExpress s'est exprimé sur la sanction, affirmant être « en désaccord avec la décision rendue » et avec « cette amende disproportionnée, qui ne reflète ni nos principes établis ni les mesures significatives et proactives que nous avons mises en œuvre », sans préciser si elle ferait appel. La Commission s'est défendue d'avoir ciblé AliExpress en raison de son origine. « Nous menons des enquêtes sur plusieurs plateformes en ligne, dont beaucoup sont basées aux États-Unis, et plein d'autres en Chine, mais aussi en Europe », et « nous ne tenons pas compte de leur origine, parce que tous ceux qui veulent opérer en Europe doivent respecter les mêmes règles », a souligné Henna Virkkunen.



