Depuis plus de trois décennies, les noms d'Adoun et Bensidoun résonnent sur les marchés alimentaires de Paris. Ces deux familles ont tissé un réseau d'influence et de contrôle qui leur permet de dominer le secteur, suscitant des interrogations sur la transparence et l'équité de la gestion des halles et étals parisiens.
Un empire familial solidement ancré
Les Adoun et les Bensidoun, d'origine nord-africaine, ont commencé modestement dans les années 1980. Aujourd'hui, ils gèrent une grande partie des marchés couverts et de plein air de la capitale. Leur succès repose sur une stratégie d'expansion méthodique : rachat de concessions, création de sociétés holding et alliances familiales. Selon des documents consultés par Le Monde, les deux familles possèdent ou contrôlent plus de 200 emplacements sur les 600 que compte Paris.
Des pratiques contestées
Des commerçants et des associations dénoncent un système verrouillé. « Il est quasi impossible d'obtenir une place si l'on n'est pas lié à l'une de ces familles », témoigne un ancien marchand sous couvert d'anonymat. Les prix des baux seraient également surfacturés, et les conditions de travail précaires pour les employés. La mairie de Paris, qui attribue les autorisations d'occupation du domaine public, est pointée du doigt pour son manque de vigilance.
- Concentration excessive : 60 % des marchés parisiens contrôlés par deux familles.
- Prix d'emplacement élevés : jusqu'à 20 000 euros par an pour un stand de 10 m².
- Absence de rotation : certains commerçants conservent leur place depuis des décennies, bloant l'accès aux nouveaux entrants.
Des liens avec le monde politique
Les Adoun et Bensidoun entretiennent des relations étroites avec des élus locaux. Des contributions financières à des campagnes électorales et des invitations à des événements privés ont été relevées. « Il y a un mélange des genres qui interroge sur l'indépendance des décisions municipales », analyse un expert en éthique des affaires.
Vers une remise en cause ?
Face aux critiques, la mairie de Paris a annoncé une révision des règles d'attribution des emplacements. Une commission d'enquête parlementaire est également réclamée par plusieurs conseillers municipaux. Les familles concernées, de leur côté, nient toute pratique illégale et se disent prêtes à collaborer. « Nous respectons la loi et contribuons à l'animation des quartiers », affirme un représentant des Bensidoun.
L'avenir des marchés parisiens dépendra de la capacité des autorités à imposer plus de transparence et de concurrence. En attendant, les Adoun et Bensidoun restent les maîtres incontestés de ce commerce de proximité.



