Le Kremlin a annoncé, mardi 25 mars, le lancement d'exercices militaires de grande ampleur dans l'océan Pacifique, à proximité immédiate de l'archipel des Kouriles, une zone revendiquée par le Japon. Cette décision, qualifiée de « provocation extrême-orientale » par plusieurs médias, intervient alors que les négociations entre Tokyo et Moscou sur la signature d'un traité de paix sont au point mort.
Des tirs d'artillerie côtière et des manœuvres navales
Selon le ministère russe de la Défense, les exercices impliquent des tirs d'artillerie côtière et des manœuvres de navires de guerre dans les eaux territoriales russes. Les forces déployées comprennent notamment des systèmes de missiles côtiers Bastion et Bal, ainsi que des frégates de la flotte du Pacifique. Les tirs se dérouleront sur un polygone situé à moins de 20 kilomètres des côtes de l'île d'Itouroup, la plus grande de l'archipel.
Le ministère a précisé que ces exercices s'inscrivent dans le cadre de la préparation au combat de l'armée russe et qu'ils se poursuivront jusqu'au 28 mars. Les autorités japonaises ont immédiatement réagi, dénonçant une « escalade inacceptable » et une violation de la souveraineté nippone.
Un contentieux territorial vieux de 70 ans
Les Kouriles du Sud, appelées « Territoires du Nord » au Japon, sont occupées par l'Union soviétique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce litige a empêché la signature d'un traité de paix entre les deux pays. Le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, a réaffirmé à plusieurs reprises sa volonté de résoudre ce différend, mais les discussions n'ont pas abouti.
En février 2023, le Japon a imposé des sanctions contre la Russie en raison de l'invasion de l'Ukraine. Moscou a alors suspendu les négociations sur les Kouriles, invoquant une « attitude inamicale » de Tokyo. Depuis, les tensions n'ont cessé de croître, et les exercices militaires russes dans la région sont devenus plus fréquents et plus étendus.
Une réponse ferme de Tokyo
Le gouvernement japonais a convoqué l'ambassadeur de Russie à Tokyo pour protester officiellement. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères japonais a déclaré : « Ces actions sont inacceptables et nous les condamnons fermement. Elles ne contribuent pas à un climat de confiance entre nos deux pays. »
Les analystes estiment que cette nouvelle provocation pourrait compromettre toute reprise du dialogue. « Poutine joue la carte de la pression militaire pour tester la résolution du Japon, mais aussi pour envoyer un message à ses alliés asiatiques », explique un expert en relations internationales, qui a requis l'anonymat. Les exercices russes interviennent alors que le Japon renforce sa coopération avec les États-Unis et l'OTAN, ce qui irrite Moscou.
Cette démonstration de force pourrait également avoir des répercussions économiques : les eaux autour des Kouriles sont riches en ressources halieutiques, et les pêcheurs japonais opèrent souvent dans cette zone sous un accord bilatéral. La Russie a déjà menacé de remettre en cause cet accord en cas de nouvelles sanctions.



