Sur les traces des potiers gallo-romains à Ambrussum
Potiers gallo-romains : ateliers et restaurations à Ambrussum

Le site archéologique d'Ambrussum, à Lunel, dévoile cet été les secrets de la poterie gallo-romaine. Lors des fouilles menées entre 2016 et 2024, environ 90 caisses remplies de milliers de fragments d'objets en argile ont été exhumées. Ces vestiges, restaurés par des professionnelles de Toulouse, seront présentés pour la première fois au public lors des Journées européennes du patrimoine les 19 et 20 septembre, puis jusqu'en avril 2027. En attendant, le musée propose des ateliers de poterie à la manière des Gaulois, chaque mardi jusqu'à la fin août.

Une matière abondante et résistante

L'argile, matériau de base de la poterie, était omniprésente à l'époque gallo-romaine. Nolwenn Mary, médiatrice culturelle du musée, explique : « Ce sont des éléments qui sont très abondants dans la culture gallo-romaine. L'utilisation de ces objets serait comparable avec notre usage actuel du plastique. C'est une matière avec laquelle on peut faire énormément de choses. » Sa résistance au temps est remarquable : contrairement au bois, au tissu ou au cuir, elle ne se dégrade que très peu, car elle n'est ni abîmée, ni grignotée par les insectes du sol.

Un travail de restauration minutieux

Une fois les fragments rassemblés, ils sont confiés à des restauratrices basées à Toulouse. Elles utilisent une colle spécifique, car certaines sortes peuvent être trop agressives pour les vestiges. « Elles recollent les différents fragments et font parfois des rajouts pour combler les lacunes et éviter que l'objet ne s'effondre, raconte Nolwenn Mary. Surtout, ces rajouts sont réversibles. Si, par exemple, on trouve de nouveaux fragments, si les connaissances ou technologies évoluent, on peut retirer la restauration et garder l'objet original. »

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La restauration permet surtout de « retracer la chronologie du site ». Les Gaulois travaillaient l'argile principalement à la main, tandis que la céramique tournée était pratiquée par les Grecs et les Romains dans les zones méditerranéennes. Ces différences de façonnage aident à comprendre les échanges commerciaux et les contenus transportés à l'époque, et permettent de dater les objets parfois à 25 ans près. « Un Gaulois du IVe siècle n'aura pas forcément la même manière de façonner qu'un Gaulois du IIe ou IIIe siècle. On voit des évolutions de typologies, ce qui permet de dater précisément les couches archéologiques », détaille la médiatrice.

Des ateliers pour s'initier à la technique du colombin

En attendant l'exposition de septembre, le musée propose des ateliers de poterie chaque mardi à 15 heures, jusqu'à la fin août. Après une partie théorique d'environ 45 minutes en salle, les participants passent à la pratique à l'extérieur, à l'ombre. La technique du colombin, utilisée par les Gaulois il y a plus de 2 000 ans, est privilégiée. Elle consiste à rouler un morceau d'argile en forme de boudin, à lui donner une forme d'escargot, puis à superposer les colombins pour créer l'objet. Un point clé est de lisser les parois avec les doigts pour rendre l'œuvre uniforme.

Les participants créent les objets de leur choix, inspirés par des modèles réalisés par l'équipe du musée. « Mes collègues et moi avons fait des modèles pour inspirer le public. Les poteries d'autrefois étaient parfois peintes ou inscrites d'une empreinte de coquillage. Nous utilisons donc aussi des objets de la nature pour décorer nos créations », raconte Nolwenn Mary. La cuisson, elle, est difficile à reproduire : un four de potier doit atteindre 1 000 degrés, un système extrêmement onéreux. La médiatrice plaisante : « Je dis souvent aux enfants que même en laissant leur objet au four pendant trois jours ou en le cuisant au barbecue, ça ne suffira pas ! » En solution de secours, les œuvres sont séchées à l'air libre pendant plusieurs jours, selon leur épaisseur.

Ces ateliers visent à créer des pièces proches de la réalité archéologique, comme il y a plus de 2 000 ans. Ils sont ouverts aux adultes et aux enfants dès 7 ans, au tarif de 5 € par participant. Les objets restaurés, eux, seront exposés pour la première fois à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, mettant en lumière le travail des restauratrices, « des professionnelles sans qui le musée n'aurait pas de si beaux objets », souligne Nolwenn Mary.

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