Le canal de Suez, inauguré en 1869, a été au cœur des rivalités entre les empires français et britannique. Cette voie maritime de 193 kilomètres, reliant la Méditerranée à la mer Rouge, a permis de réduire considérablement les distances entre l'Europe et l'Asie. Dès son ouverture, elle est devenue un enjeu stratégique majeur pour les puissances coloniales.
Un projet français, une mainmise britannique
Le percement du canal a été mené par le diplomate français Ferdinand de Lesseps, qui a obtenu la concession du vice-roi d'Égypte, Saïd Pacha, en 1854. Les travaux, réalisés par la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, ont duré dix ans et ont mobilisé des milliers d'ouvriers égyptiens. Le coût total du chantier est estimé à 426 millions de francs-or.
Dès l'inauguration, la Grande-Bretagne s'inquiète de cette nouvelle route qui menace sa domination maritime. En 1875, le Premier ministre britannique Benjamin Disraeli rachète les actions égyptiennes de la compagnie, soit 44 % du capital, pour 4 millions de livres sterling. Cette acquisition donne à Londres un poids considérable dans la gestion du canal.
Une occupation militaire et des tensions croissantes
En 1882, le Royaume-Uni intervient militairement en Égypte pour protéger ses intérêts financiers et stratégiques. Les troupes britanniques occupent le pays, officiellement pour rétablir l'ordre après une révolte nationaliste. Cette occupation durera jusqu'en 1956, faisant de l'Égypte un protectorat de fait.
La convention de Constantinople de 1888 garantit la libre circulation sur le canal, en temps de paix comme en temps de guerre. Mais en pratique, la Grande-Bretagne contrôle étroitement la voie, utilisant sa base militaire de Suez pour surveiller le trafic. Pendant les deux guerres mondiales, le canal devient un point de passage vital pour les troupes et les approvisionnements alliés.
La nationalisation de 1956 et le déclin des empires
Le 26 juillet 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser annonce la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez. Cette décision, motivée par le refus des États-Unis et de la Grande-Bretagne de financer le barrage d'Assouan, provoque une crise internationale. La France et le Royaume-Uni, soutenus par Israël, lancent une intervention militaire en octobre 1956.
La pression diplomatique des États-Unis et de l'Union soviétique contraint les trois pays à se retirer. Cet échec marque la fin de l'influence coloniale franco-britannique au Moyen-Orient. Le canal, entièrement sous contrôle égyptien depuis lors, reste aujourd'hui une artère essentielle du commerce mondial, avec environ 12 % du trafic maritime international qui y transite chaque année.



