Succession d'Antonio Guterres : les clés de la sélection du prochain secrétaire général de l'ONU
Succession à l'ONU : les clés de la sélection du prochain SG

La course pour succéder à Antonio Guterres à la tête des Nations unies est officiellement lancée. Le mandat du diplomate portugais expire fin 2026, et la procédure de sélection du neuvième secrétaire général de l'ONU suit un processus rigoureux mêlant recommandation du Conseil de sécurité et vote de l'Assemblée générale. Alors que les candidatures commencent à affluer, plusieurs clés permettent de comprendre les enjeux de cette succession.

Un processus en deux étapes : Conseil de sécurité puis Assemblée générale

Conformément à l'article 97 de la Charte des Nations unies, le secrétaire général est nommé par l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Concrètement, le Conseil de sécurité, composé de 15 membres (5 permanents avec droit de veto et 10 non-permanents), doit d'abord désigner un candidat unique par consensus ou à la majorité. La résolution de recommandation nécessite au moins 9 voix favorables, sans veto d'aucun des membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni). Ensuite, l'Assemblée générale vote à la majorité des deux tiers des États membres présents et votants pour entériner la nomination.

Ce système, qui donne un poids prépondérant au Conseil de sécurité, a souvent été critiqué pour son manque de transparence. Depuis 2015, des réformes ont été introduites pour ouvrir le processus : auditions publiques des candidats, appel à candidatures plus large, et possibilité pour tout État membre de proposer un candidat. Toutefois, le pouvoir de décision final reste concentré entre les mains des cinq membres permanents.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les critères de sélection : parité régionale et compétences

Bien qu'aucune règle écrite n'impose une rotation géographique, la tradition veut que le poste alterne entre les régions du monde. Après trois secrétaires généraux européens consécutifs (Kofi Annan, Ban Ki-moon, Antonio Guterres), il est probable que le prochain vienne d'une autre région. L'Europe de l'Est, l'Asie et l'Amérique latine n'ont pas eu de représentant depuis des décennies. Selon les diplomates, la parité de genre est aussi un critère important : aucune femme n'a jamais occupé ce poste, et plusieurs candidates féminines sont pressenties, comme l'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet ou la ministre des affaires étrangères suédoise Margot Wallström.

Au-delà de l'origine, les qualités requises incluent une expérience diplomatique solide, une intégrité reconnue, et la capacité à fédérer les 193 États membres. Le secrétaire général doit être à la fois un administrateur, un médiateur et un porte-parole moral de l'organisation.

Les candidats potentiels et les échéances

Plusieurs noms circulent déjà dans les couloirs de l'ONU. Outre Bachelet et Wallström, le Slovène Danilo Türk, le Canadien Mark Carney, ou encore le Kenyane Amina Mohamed sont souvent cités. Les candidatures officielles doivent être présentées par un État membre avant le 30 septembre 2025. Le Conseil de sécurité devrait entamer ses délibérations à huis clos à partir de l'automne 2025, avec une série de scrutins informels appelés "straw polls" qui éliminent progressivement les candidats les moins soutenus.

L'objectif est de parvenir à un consensus avant l'été 2026, afin que le nouveau secrétaire général prenne ses fonctions le 1er janvier 2027. Antonio Guterres, qui a effectué deux mandats, n'est pas rééligible. Le prochain secrétaire général devra faire face à des défis majeurs : changements climatiques, conflits armés, inégalités croissantes et crise de confiance dans le multilatéralisme.

Les enjeux politiques et les veto potentiels

La sélection du secrétaire général est souvent le reflet des équilibres géopolitiques du moment. Les cinq membres permanents peuvent user de leur veto pour bloquer un candidat. Par exemple, la Russie a déjà indiqué qu'elle s'opposerait à un candidat trop favorable à l'OTAN, tandis que les États-Unis privilégient un profil proche de leurs intérêts. La Chine, de son côté, pourrait soutenir un candidat issu du monde en développement. Selon plusieurs analystes, le consensus n'est possible qu'avec l'accord tacite des trois grandes puissances.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

L'Assemblée générale, bien qu'ayant un rôle formel de ratification, peut théoriquement rejeter la recommandation du Conseil de sécurité, mais cela ne s'est jamais produit. Une campagne de transparence menée par des ONG comme "1 for 7 Billion" pousse pour une sélection plus ouverte, incluant des auditions publiques et un débat sur les candidats.

Conclusion : une élection sous haute surveillance

Le prochain secrétaire général de l'ONU sera choisi à l'issue d'un processus long et complexe, où les intérêts des grandes puissances pèsent lourd. Alors que le monde fait face à des crises multiples, le nouveau chef de l'organisation devra incarner l'espoir d'une coopération internationale renouvelée. D'ici 2027, les regards seront tournés vers New York, où se jouera l'avenir du multilatéralisme.