L'Occident, seul coupable du mal absolu ? Une vision myope de l'histoire
L'Occident, seul coupable du mal absolu ?

L'Occident détient-il le monopole du mal absolu ? Une question cruciale

Dans les débats contemporains sur le racisme, l'exclusion, les massacres, la colonisation et l'esclavage, l'Occident est souvent désigné comme le grand et unique coupable. Si ce travail de mémoire est essentiel pour les générations futures, il consacre fréquemment une myopie volontaire. Cette vision étroite produit, à son tour, une déresponsabilisation catastrophique dans les pays qui ont commis des crimes similaires mais sont écartés de l'obligation de reconnaissance.

La résolution onusienne A/80/L.48 : un exemple frappant

Adoptée le 25 mars 2026, cette résolution affirme que l'esclavage transatlantique et le colonialisme constituent des causes sous-jacentes majeures des racismes actuels et appellent à des réparations. Cependant, la piété idéologique s'invite dans la qualification exclusive de l'esclavagisme transatlantique. Ainsi, l'esclavage pratiqué pendant des siècles par les Arabes et les petits empires musulmans en Afrique est exclu du procès. Ce n'est pas considéré comme un crime, car il manque le coupable idéal : l'Occident.

Les règles implicites de la culpabilisation

Cela sacralise des règles implicites du « bon usage de la culpabilisation ». La première est que, lorsqu'on est victime d'une victime, cela annule le crime. Au nom de la solidarité entre colonisés ou entre coreligionnaires musulmans, la traite arabe, les industries de castration des esclaves pour éviter la reproduction et la chute des prix, la hiérarchisation ou la bestialisation ne sont pas reconnues comme des atrocités. Les élites du monde arabe sont dispensées de l'obligation de reconnaissance morale.

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Exemptions malvenues et conséquences

De même, ces crimes ne constituent pas un travail pour les historiens. L'esclavagisme devient une exclusivité occidentale, et l'ONU accrédite cette équité manquée par son prestige institutionnel. Aucun travail de réparation réel ne peut être engagé que si l'Occident est coupable, tandis que les élites autochtones du monde arabe ou musulman sont dispensées de reconnaître, raconter et réparer. En raison de la surdocumentation moderne et des transmissions de mémoires à large échelle, l'Occident est désormais coupable de tout le mal : colonisation, esclavagisme, prédations. Même le fait qu'il s'agisse d'une des rares civilisations à porter les instruments de la reconnaissance de ses torts ne suffit pas.

Impact catastrophique de la résolution

La résolution myope de l'ONU s'avère catastrophique : elle consacre la responsabilité réelle de l'Occident et encourage la déresponsabilisation manifeste de certaines géographies, comme le monde musulman. Elle paralyse les réformes, les critiques et la déconstruction essentielle ; elle exclut du devoir moral un pan de l'histoire douloureuse de l'humanité et soutient la rente mémorielle autant que le victimaire. Elle isole encore plus les intellectuels arabes qui travaillent à la reconnaissance de l'esclavagisme dans leur monde. L'ONU, par ses exemptions sur le « mal », n'aide pas.

Le cas de Tidiane N'Diaye

La résolution A/80/L.48 intervient à quelques mois du décès de Tidiane N'Diaye, auteur discret et extraordinaire du « Génocide voilé », ouvrage déterminant sur l'esclavagisme pratiqué par le monde arabo-musulman en Afrique pendant plusieurs siècles. Décédé le 26 octobre 2025 au Sénégal à l'âge de 75 ans, il fut presque oublié, exclu du panthéon de la reconnaissance. Son livre, publié en 2008, fut violemment attaqué, avec des contestations sur le terme de « génocide » et des reproches sur l'usage du pamphlet plutôt que des instruments austères de l'analyse historique orthodoxe.

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Justice boiteuse et solidarité sélective

Toute une machine participa à délégitimer son œuvre courageuse et à émietter son enquête. Selon le décolonialisme unilatéral, la victime d'une victime ne peut demander de réparation, mais doit se montrer solidaire. Albert Memmi fut porté aux nues pour « Portrait du colonisé », mais quasiment excommunié et oublié après la publication de « Portrait du décolonisé ». La résolution de l'ONU appelle à des réparations, à la justice réparatrice, aux excuses officielles et aux compensations, ce qui est essentiel, mais efface moralement l'exigence d'un même effort du monde arabe.

Racismes institutionnels persistants

Ce monde pratique encore aujourd'hui les racismes institutionnels, les déportations et les camps de regroupement face aux migrations subsahariennes, comme en Libye, dans certains pays du Golfe ou au Maghreb. Le statut du « Zindji » ou du « nègre » affleure dans les discours officiels, les islamismes débridés et les racismes invisibles. La justice peut être aveugle, mais elle ne doit pas, en plus, être boiteuse. Une reconnaissance historique complète est nécessaire pour avancer vers une véritable réconciliation.