Nouveau bâtiment à Yongbyon : l'inquiétude grandit sur les ambitions nucléaires nord-coréennes
Yongbyon : un nouveau bâtiment inquiète sur le nucléaire nord-coréen

Un bâtiment mystérieux au cœur des inquiétudes nucléaires

Un bâtiment au toit bleu, fraîchement construit, concentre toutes les inquiétudes concernant les capacités nucléaires du régime nord-coréen. Repéré par des images satellites, cette annexe du centre de recherche atomique de Yongbyon, située à 80 kilomètres au nord de la capitale Pyongyang, pourrait abriter un centre d'enrichissement d'uranium. Cette ressource est indispensable à la fabrication d'une arme atomique.

S'il est impossible de connaître avec exactitude ce qui se cache à l'intérieur de l'édifice de 5 700 mètres carrés, il présente des similitudes frappantes avec le site de Kangson, lui aussi suspecté de produire de l'uranium enrichi. Cette nouvelle construction pourrait représenter une avancée « très sérieuse » dans la capacité du régime à produire des armes nucléaires, a déclaré le 15 avril Rafael Grossi, chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), lors d'une visite à Séoul.

Une activité nucléaire en hausse rapide

L'agence a confirmé une « hausse rapide des activités » du centre de Yongbyon. Les observations incluent le fonctionnement d'un réacteur à eau légère et d'autres installations du complexe nucléaire. Pour Rafael Grossi, ceci est un signe clair que Kim Jong-un a la ferme intention de développer son arsenal nucléaire, qui compterait déjà « quelques dizaines » de têtes nucléaires.

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En mars 2026, Chung Dong-young, ministre sud-coréen de l'Unification, chargé des relations intercoréennes, avait estimé que « la Corée du Nord pourrait avoir extrait environ 100 kg de plutonium au cours des trente dernières années, dont 16 kg l'an dernier ». Cette quantité serait suffisante pour produire une vingtaine d'armes nucléaires.

Un arsenal ancré dans la Constitution

Cet arsenal nucléaire, la Corée du Nord ne semble pas prête à l'abandonner de sitôt, comme l'observe Kim Hannah, professeure de relations internationales à l'université Sogang de Séoul. « L'ironie est ici assez frappante, les pressions actuelles sur des pays comme l'Iran renforcent Pyongyang dans l'idée que seules les armes nucléaires peuvent garantir la survie du régime », souligne-t-elle. « Plus les États-Unis mettent l'accent sur la coercition, plus la Corée du Nord s'accroche à ce type de moyen de dissuasion. »

Cette politique a été entérinée en 2023 dans la Constitution nord-coréenne, qui prévoit désormais que le régime « développe ses armes nucléaires pour assurer son existence ». Parallèlement, la Corée du Nord s'est rapprochée de la Russie, lui envoyant des armes, des travailleurs et plus de 10 000 soldats sur le front ukrainien, en échange de technologies, notamment dans le domaine nucléaire.

Rafael Grossi affirme toutefois n'avoir observé aucune preuve de l'utilisation de technologies russes dans le programme nucléaire nord-coréen. « Les références contenues dans un accord de coopération signé l'an dernier entre Moscou et Pyongyang semblent se limiter à des projets nucléaires civils », précise-t-il, tout en reconnaissant qu'il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives.

Vers un changement de stratégie à Washington ?

Quoi qu'il en soit, le régime nord-coréen est de facto une puissance nucléaire, comme l'a admis Donald Trump en octobre 2025, et cette situation ne semble pas près de changer. Des voix s'élèvent désormais à Washington pour abandonner la politique actuelle de dénucléarisation de la Corée du Nord et engager plutôt un processus de contrôle des armements. L'objectif serait de limiter la taille et la portée de l'arsenal de Pyongyang.

Une stratégie qui pourrait s'avérer productive selon Kim Hannah : « Je ne considère pas la dénucléarisation et le contrôle des armements comme des objectifs incompatibles. La dénucléarisation doit rester l'objectif à long terme. Mais le contrôle des armements est plus pragmatique comme étape intermédiaire pour atteindre l'objectif à long terme. »

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Leçons de l'expérience iranienne

La chercheuse rappelle que cette stratégie a fait ses preuves en Iran. « Les négociations ont échoué lorsque les États-Unis ont insisté sur un désarmement nucléaire complet », ajoute-t-elle. « Des progrès n'ont été possibles qu'à travers une approche plus progressive, étape par étape, axée dans un premier temps sur la limitation et la gestion des activités nucléaires plutôt que sur leur élimination pure et simple. »

De son côté, Séoul espère toujours que le régime nord-coréen abandonnera son programme nucléaire pour retrouver un équilibre sur la péninsule. Mais la Corée du Sud n'est pas dupe. Si elle souhaite rouvrir un dialogue avec le Nord, elle élargit elle aussi son arsenal conventionnel pour faire face à la menace de Kim Jong-un.

Le président sud-coréen Lee Jae-myung et le président américain Donald Trump ont finalisé en novembre dernier des mesures conjointes dans lesquelles les États-Unis ont approuvé le projet de leur allié de construire des sous-marins à propulsion nucléaire. Une avancée majeure pour la défense sud-coréenne qui n'est pas sans inquiéter Rafael Grossi, secrétaire général de l'AIEA.

Ce dernier a indiqué avoir invité Séoul à travailler étroitement avec l'Agence. « Il est essentiel que cette activité ne favorise pas la prolifération des armes nucléaires », a-t-il déclaré, ajoutant que l'AIEA chercherait à obtenir une « garantie à toute épreuve » contre tout détournement de ressources nucléaires pour fabriquer des armes.

L'imprévisible facteur Trump

Reste que l'inconnue majeure de l'équation demeure à Washington. L'imprévisible Donald Trump, qui a maintes fois montré son désir de rencontrer à nouveau le dictateur nord-coréen, pourrait agir plus vite qu'on ne le pense. « Trump pourrait considérer le cas nord-coréen comme une occasion manquée », avance Kim Hannah.

Dans les années 1990, les tensions avec Pyongyang avaient atteint un tel point que les États-Unis avaient sérieusement envisagé une intervention militaire. Finalement, Washington avait choisi la voie diplomatique. « Mais Trump pourrait estimer, avec le recul, que cette décision a retardé plutôt qu'empêché la nucléarisation de la Corée du Nord », poursuit-elle. « De ce point de vue, il pourrait donc être enclin à penser que des mesures décisives prises rapidement sont parfois nécessaires pour empêcher qu'un problème ne devienne irréversible. »