Trump, premier mandat : les racines de la débâcle au Moyen-Orient
Trump : les racines de la débâcle moyen-orientale

Le 6 décembre 2017, Donald Trump reconnaissait Jérusalem comme capitale d'Israël, rompant avec un consensus diplomatique international vieux de plusieurs décennies. Cette décision, suivie du transfert de l'ambassade américaine en mai 2018, devait être le premier acte d'une politique qui allait redéfinir les équilibres du Moyen-Orient. Aujourd'hui, alors que la région plonge dans une cascade de crises, le premier mandat de l'ancien président américain apparaît rétrospectivement comme le point de bascule.

En quatre ans, l'administration Trump a privilégié une approche unilatérale et transactionnelle. Les alliés historiques ont été surpris par des décisions brutales, les ennemis n'ont pas été endigués, et la diplomatie multilatérale a été systématiquement affaiblie. Le résultat ? Une instabilité généralisée dont les répercussions se font encore sentir en 2026.

Jérusalem, la bombe à retardement

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël n'était pas un simple geste symbolique. Elle a mis en pièces un principe fondamental du droit international : la question du statut de la ville devait être réglée par la négociation. En transférant son ambassade, Washington a envoyé un message clair à tous les acteurs régionaux : la force prime sur le droit.

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Cette décision a également légitimé la poursuite de la colonisation israélienne. Pendant le mandat de Trump, la population des colonies de Cisjordanie a augmenté de plus de 60 000 personnes, atteignant près de 500 000 habitants. Les démolitions de maisons palestiniennes se sont multipliées, tandis que l'administration américaine restait silencieuse, voire complice.

L'Iran, une stratégie de confrontation qui nourrit le chaos

Le retrait américain de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, en mai 2018, a été présenté par Donald Trump comme une libération. Mais cette décision a ouvert une brèche dangereuse. En rétablissant des sanctions d'une extrême sévérité, Washington espérait obtenir une capitulation de Téhéran. L'inverse s'est produit : l'Iran a progressivement abandonné l'ensemble de ses engagements nucléaires, a accentué son enrichissement d'uranium et a renforcé sa posture offensive régionale.

L'assassinat du général Soleimani, le 3 janvier 2020, a porté l'escalade à son paroxysme. Les frappes contre des bases américaines en Irak, les tensions dans le détroit d'Ormuz et la multiplication des actions par procuration sont autant de conséquences directes de cette politique de « pression maximale ». En 2026, l'Iran est plus proche que jamais du seuil nucléaire, et aucune puissance n'est à même d'inverser la tendance sans un accord global.

Le désengagement américain, une porte ouverte à la prédation

La politique étrangère de Trump n'a pas été qu'agressive ; elle a aussi été pragmatique jusqu'au cynisme. En annonçant le retrait des forces américaines du nord de la Syrie, en octobre 2019, il a donné aux forces turques le feu vert pour lancer une offensive contre les Kurdes, alliés des Américains dans la lutte contre l'organisation État islamique. Deux ans plus tard, les talibans ont pris le pouvoir à Kaboul après l'accord de Doha signé en février 2020, un accord que les observateurs avaient jugé déséquilibré dès sa signature.

Ces abandons ont envoyé un signal durable : les États-Unis sont un partenaire fiable tant qu'ils ne doivent rien payer. La confiance des alliés régionaux en a été profondément altérée, et les puissances rivales en ont profité pour étendre leur influence. La Russie s'est imposée comme un arbitre en Syrie, tandis que la Chine a séduit les États du Golfe avec des accords économiques.

Un héritage de polarisation et de violence

Les accords d'Abraham, signés entre Israël et plusieurs pays arabes en 2020, ont été présentés comme le couronnement de cette diplomatie. Mais ils ont également servi à contourner la question palestinienne, laissant la Cisjordanie et Gaza dans une situation toujours plus précaire. Les avancées diplomatiques n'ont pas apporté la stabilité tant vantée ; elles ont gelé les lignes de fracture tout en les rendant plus explosives.

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Ce bilan correspond à une vision précise du monde, celle d'un président qui considérait la scène internationale comme un jeu à somme nulle. Quatre ans après son mandat, les coûts cumulés pèsent lourdement. Les dépenses militaires des pays du Golfe ont explosé, les interventions par procuration se sont multipliées, et les populations civiles paient le prix fort. Selon l'ONU, les besoins humanitaires dans la région sont désormais à un niveau historique, avec plus de 60 millions de personnes nécessitant une aide.

Une leçon pour l'avenir

Le premier mandat de Donald Trump aura au moins eu le mérite de démontrer une chose : aucune redéfinition du Moyen-Orient ne peut se faire sans une approche multilatérale et sans une justice réelle. La débâcle actuelle n'était pas inévitable, mais elle a été activement construite par un empilement de décisions unilatérales. Les dirigeants du monde arabe, les Européens et les acteurs locaux tentent aujourd'hui de recoller les morceaux, mais la blessure est profonde.

L'analyse de ces événements ne vise pas à établir un procès rétrospectif, mais à comprendre les rouages d'une politique qui a laissé le Moyen-Orient plus désuni que jamais. Le « deal du siècle » est devenu un pacte du malheur, et l'héritage de cette époque se mesure en vies humaines et en désastres écologiques. La leçon est claire : les solutions imposées par une seule puissance ne peuvent que semer les graines d'une prochaine déflagration.