Se rapproche-t-on d'une confrontation entre les États-Unis et la Chine au sujet de Taïwan ? Et si oui, quelle forme pourrait-elle prendre ? C'est la question que se sont posée les chercheurs de l'Institut international d'études stratégiques (IISS), basé à Londres, et leur thèse est inquiétante.
Une nouvelle course aux armements nucléaires
Selon ce think tank, le monde est à l'aube d'une nouvelle course aux armements nucléaires, "avec l'Asie-Pacifique en son cœur". Parmi les points chauds de la région : Taïwan, où il existe un risque d'escalade entre Washington et Pékin, les deux armées étant susceptibles de lancer des opérations de grande envergure ciblant les centres de commandement et de communication rivaux.
"Les États régionaux et ceux qui ont des intérêts stratégiques développent leurs arsenaux nucléaires, tandis que les États non dotés d'armes nucléaires poursuivent le développement de capacités de frappe conventionnelle à longue portée", indique le rapport de l'IISS.
Réactions chinoises
Interrogé, le porte-parole du ministère chinois de la Défense, Jiang Bin, a déclaré que le rapport de l'IISS semblait "tout à fait incohérent" avec la situation réelle. Il a évacué la question de Taïwan, expliquant que celle-ci était interne à la Chine, et qu'elle n'autorisait aucune ingérence extérieure dans ce dossier. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mao Ning, a lui déclaré lors d'une conférence de presse que les États-Unis devraient traiter Taïwan "avec la plus grande prudence".
Le Dialogue Shangri-La en toile de fond
Le rapport de l'IISS intervient quelques jours avant le Sommet sur la sécurité en Asie - le Dialogue Shangri-La - qui rassemble ministres, généraux, chefs du renseignement, diplomates, analystes ou encore fabricants d'armes. Le secrétaire à la Défense de Donald Trump, Pete Hegseth, prendra la parole samedi ; la Chine n'a pas encore confirmé la présence de son ministre de la Défense, Dong Jun.
Cette nouvelle édition du Dialogue Shangri-La se tient après un sommet entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump à Pékin au début du mois. Cette rencontre avait suscité certaines inquiétudes à Taipei, concernant l'engagement réel des États-Unis à défendre l'île, en cas d'annexion par la Chine.
Pression militaire chinoise
Pékin n'a jamais exclu le recours à la force pour prendre le contrôle de Taïwan, tout en déclarant préférer une "réunification pacifique" - option non négociable pour Taipei, qui rejette les velléités chinoises à l'encontre de son territoire. La Chine a depuis intensifié la pression sur Taïwan en augmentant sa présence militaire autour de l'île, maintenant Taipei en état d'alerte maximale.
Scénario d'escalade nucléaire
Le rapport de l'IISS, long de 156 pages, analyse l'évolution des doctrines militaires dans la région, ainsi que la manière dont un conflit au sujet de Taïwan pourrait se dérouler. Bien que les forces américaines et chinoises aient des objectifs différents - Pékin veut tenir à distance les États-Unis, tandis que Washington renforce la défense de Taïwan -, on peut s'attendre à ce que les deux camps lancent des opérations de grande envergure, dans tous les domaines militaires.
"Un conflit avec la Chine risquerait de dégénérer en escalade, potentiellement jusqu'au niveau nucléaire, compte tenu de l'importance stratégique de Taïwan pour Pékin", note le document. Les chercheurs s'inquiètent par ailleurs de "l'absence de garde-fous au sein des deux armées", qui permettraient d'éviter cet engrenage. "La perspective d'une escalade nucléaire continuera donc de peser lourdement sur un conflit majeur entre les États-Unis et la Chine", en conclut l'IISS.
Dialogue difficile sur le nucléaire
Le risque est d'autant plus grand que cette question apparaît comme absente des discussions entre la Chine et les États-Unis, remarque Daniel Salisbury, chercheur principal à l'IISS. Elle n'était pas, par exemple, à l'agenda du dernier sommet Trump-Xi. Or, si l'on compare avec l'époque de la Guerre froide, les États-Unis avaient entretenu de longs dialogues avec l'Union soviétique sur le contrôle des armements et les mesures de réduction des risques. Mais toute discussion avec la Chine serait plus complexe, la majeure partie de son arsenal nucléaire étant dissimulée. "Cette culture du dialogue n'est tout simplement pas présente pour le moment, il y a donc beaucoup moins de matière à construire dans cette relation", a-t-il expliqué.
Capacités nucléaires chinoises en croissance
Bien que les arsenaux américains, ou même russes, restent bien supérieurs aux stocks chinois, les responsables américains et les spécialistes de la prolifération nucléaire affirment que la Chine développe et améliore ses capacités en matière d'armes atomiques plus rapidement que toute autre puissance nucléaire. Un rapport du Pentagone publié en décembre indiquait que Pékin était en voie de déployer 1 000 ogives d'ici 2030 (contre 600 actuellement). La Russie et les États-Unis en possèdent respectivement 4 400 et 3 700.



