La carte postale de Juan-les-Pins est parfaite, en ce mercredi de fin juillet 2026 : ciel azur, sable blanc. Pourtant, devant les plages privées, l’effervescence des grandes saisons n’y est pas. « On a connu mieux que ça », lance « Monsieur Jean », installé depuis vingt ans dans la station balnéaire et aujourd’hui à la tête de L’Esterel Plage. « Pour le moment, c’est calme, surtout depuis la Coupe du Monde. Les habitudes ont changé, on a affaire à des courts séjours, les gens font attention à ce qu’ils dépensent. »
Ce constat, partagé par de nombreux professionnels de la restauration de la Côte d’Azur, fait écho à celui de l’été 2025. La fréquentation touristique est là, mais la consommation ne suit pas. Pour Alain Palamiti, président de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) d’Antibes-Juan-les-Pins, le décalage est net : « Cet été, il y a du monde dans les rues, à l’aéroport. Mais ils ne consomment plus comme avant. Dans nos restaurants et nos plages, à mi-saison, nous n’y sommes pas. Certains établissements s’en sortent très bien, mais ce n’est pas le cas de l’immense majorité. »
Le vin et les desserts sacrifiés
Le panier moyen en dit long sur les arbitrages budgétaires. « Les clients font principalement l’impasse sur le vin et les desserts. Et c’est justement là-dessus que nous faisons du bénéfice », alerte le responsable. Une marge déjà mince : interrogé par RTL le 23 juillet, Thierry Marx, président de l’Umih, rappelait que sur un menu à 25 euros, il ne restait que 44 centimes de marge au restaurateur.
Dans son restaurant de l’avenue du Docteur-Dautheville, La Mamma, Alain Palamiti a adapté sa carte : « L’été dernier, on a développé la carte des vins au verre, voyant que les bouteilles intéressaient moins. Mais au final, le produit qui marche le mieux, ce sont les carafes d’eau ! » Voilà la saison résumée : davantage de plats en direct, moins d’apéritifs, et une clientèle qui surveille chaque dépense.
Une inflation qui frappe les matières premières
Les restaurateurs subissent aussi la hausse des prix de l’alimentation. « Les vacanciers sont inquiets, et l’inflation nous touche également. Les tomates cœur-de-bœuf ont quadruplé de prix, l’artichaut violet est passé de 0,75 euro l’unité à 2,50 euros », détaille Alain Palamiti. Une hausse qu’il choisit de ne pas répercuter sur les menus : « C’est encore une charge supplémentaire. » Pour ce chef d’entreprise, la solution passe par la fiscalité : « Ce qui permettrait aux salaires d’augmenter, de redonner de la capacité d’achat à tous. »
En attendant un mois d’août plus clément, certains s’en sortent mieux que d’autres. Cyril Smadja, patron du YaYa, boulevard Charles-Guillaumont, reconnaît une baisse : « Je fais moins que l’année dernière. » Mais il l’attendait, soulignant que l’an dernier, des travaux sur une partie de la promenade avaient dévié une clientèle naturelle vers son quartier. Son credo : la fidélisation. « Je n’ai pas augmenté mes prix depuis trois ans. » Il mise aussi sur sa réputation en ligne, avec 590 avis et une note de 4,8/5 sur Google.
L’image, nouvel allié des restaurants
Soigner son image est devenu un levier, même si tous n’y adhèrent pas : « Je n’ai pas le temps de gérer ça… », grince un chef antibois. Au Nacional Trattoria, repris depuis un an par Christophe Brahy et ses associés (Adrien Roustand, Yann Elbaz et Bertrand Collart), l’esthétique fait partie de l’expérience. « On a fait des investissements dans la vaisselle, les nappes… Il faut que ce soit instagrammable. Maintenant, on doit y penser quand on tient un établissement », explique le gérant.
L’exemple donne raison à l’équipe : juste avant le service du déjeuner, deux touristes s’arrêtent devant la terrasse. L’une s’installe dans le décor pensé par la maison, prend la pose, puis repart. Côté chiffres, le bilan est flatteur : entre le Nacional Trattoria, le 32 Pizza & Bar et le Café Milo, l’été bat son plein. « On enregistre entre +15 et +20 %. Seul le Pablo, notre bar, affiche un léger recul entre 5 et 10 %. On a eu une belle clientèle jusqu’à fin juin, début juillet, notamment des Scandinaves », se réjouit Christophe Brahy, résolument optimiste pour le mois d’août : « Il y a matière à travailler. »
Des familles qui se tournent vers les sandwichs
Tous les professionnels ne partagent pas cet optimisme. « On ne peut pas dire qu’on ne travaille pas, mais ce n’est pas à la hauteur d’une saison comme celle-ci », soupire un dirigeant fort de trente ans de métier. « Les familles préfèrent prendre un sandwich ou un poke bowl sur la plage. Même si elles n’ont pas le service du restaurant, elles voient surtout les économies. Le problème est profond, ce n’est pas juste à Antibes qu’on ressent ça. »
Le même constat préoccupe les représentants de l’Umih à Cannes et à Nice. Noël Ajoury, président de la branche restauration de l’Umih Nice-Côte d’Azur, rapporte : « On voit des clients commander une pizza pour deux, par exemple. La clientèle internationale dépense, mais pour les Français c’est difficile. Et il est impossible de savoir ce qu’il en sera au mois d’août. » Alain Lahouti, à la barre de l’antenne cannoise de l’Umih, rappelle que le pic de la saison s’est décalé : « Ces dernières années, le pic faisait entre le 15 juillet et le 15 août. L’an dernier, cela a démarré plus tard : début août. » Peut-être l’été 2026 suivra-t-il la même courbe, ce que les professionnels espèrent de tout cœur.



