Alors que les tensions persistent dans le détroit d'Ormuz, la Syrie se positionne comme une plateforme énergétique et logistique alternative. Selon un rapport du ministère syrien du Pétrole, le pays prévoit d'exporter jusqu'à 500 000 barils de pétrole par jour via ses pipelines et ses ports méditerranéens. « Nous offrons une route stable et sécurisée pour le transit des hydrocarbures, loin des risques géopolitiques du Golfe », a déclaré le ministre syrien du Pétrole, Firas Hassan, lors d'une conférence de presse à Damas.
Un projet soutenu par la Russie et l'Iran
Ce projet ambitieux bénéficie du soutien de la Russie et de l'Iran, principaux alliés de Damas. Moscou a déjà investi dans la modernisation du port de Tartous, tandis que Téhéran envisage de construire un nouvel oléoduc reliant les champs pétrolifères iraniens à la côte syrienne. « La Syrie peut devenir un carrefour stratégique pour l'énergie, reliant l'Est à l'Ouest », a affirmé l'ambassadeur russe à Damas, Alexandre Kinshchak.
Un potentiel logistique sous-exploité
Au-delà du pétrole, la Syrie mise sur ses infrastructures portuaires et routières pour attirer les flux commerciaux. Le port de Lattaquié, en cours d'extension, pourrait traiter 3 millions de conteneurs par an d'ici 2028, selon les autorités portuaires. « Nous voulons rivaliser avec les hubs régionaux comme Djeddah ou Port-Saïd », a expliqué le ministre des Transports, Ali Hammoud. Cependant, les sanctions occidentales et la reconstruction encore inachevée freinent ces ambitions.
Un contexte géopolitique favorable
La guerre en Ukraine et les tensions dans le golfe Persique poussent les acteurs mondiaux à chercher des routes alternatives. La Syrie, bien que dévastée par une décennie de guerre, offre une porte d'entrée vers l'Europe via la Méditerranée. « Le moment est venu pour Damas de capitaliser sur sa position géographique unique », a commenté l'analyste Karim Bitar, de l'Institut d'études stratégiques de Beyrouth. Selon lui, la Syrie pourrait capter 10 % du trafic pétrolier mondial d'ici 2030.
Des défis considérables
Reste à surmonter les obstacles sécuritaires et diplomatiques. Les sanctions américaines compliquent les investissements étrangers, et la présence de groupes armés dans certaines régions dissuade les compagnies internationales. « Le chemin est long, mais la vision est claire », a conclu le ministre Hassan. Pour l'instant, le projet reste largement théorique, mais il témoigne des nouvelles ambitions de la Syrie sur la scène régionale.



