«Il nous faut faire bloc pour peser dans la nouvelle Assemblée de Syrie.» C'est l'appel lancé par Rana al-Hariri, militante des droits des femmes, alors que les résultats des élections législatives de juillet 2026 placent les femmes dans une situation de forte minorité. Sur les 250 députés qui siégeront au Parlement syrien, seules 14 sont des femmes, soit 5,6% des sièges. C'est le plus faible taux de représentation féminine depuis 2012.
Une assemblée largement masculine
La nouvelle Assemblée du peuple syrien, issue d'un scrutin organisé sous contrôle du régime de Bachar al-Assad, affiche une écrasante majorité d'hommes. Les 14 femmes élues représentent une chute de près de trois points par rapport au précédent mandat, où elles étaient 17 (6,8%). Ce recul a été immédiatement dénoncé par les organisations de défense des droits des femmes, qui y voient un signe du peu de place accordée à la gent féminine dans la vie politique syrienne.
«Nous étions 17 élues en 2021, mais nous pensions que le mouvement irait en s'améliorant. Au contraire, la situation empire», explique au téléphone depuis Damas l'ancienne députée Nisrine al-Saad. «Le régime a fait le choix de candidats masculins, souvent sans expérience, au détriment des femmes qui avaient fait leurs preuves.»
Un recul par rapport aux mandats précédents
Pour mesurer l'ampleur du recul, il faut remonter à 2012, année où la Constitution syrienne a instauré un quota de 12% de sièges pour les femmes. Ce quota a porté ses fruits jusqu'en 2021, où la proportion avait atteint 6,8%. Mais en 2026, le quota n'a pas été respecté, et les listes présentées par le parti Baas et ses alliés ne comportaient que 8% de candidates. «C'est un signal très négatif envoyé aux Syriennes», souligne l'ONG locale Women Now for Development. «Le régime préfère s'appuyer sur un électorat masculin conservateur plutôt que de promouvoir des femmes qui pourraient contester son autorité.»
Dans les faits, sur les 14 femmes élues, dix viennent du parti Baas au pouvoir, et quatre sont des indépendantes. Aucune n'appartient à l'opposition, interdite ou exilée. Leur marge de manœuvre politique est donc quasi nulle. «Elles seront là pour faire de la figuration et voter les lois du régime», juge Rana al-Hariri.
Des voix féminines s'organisent
Face à cette situation, les militantes appellent à l'unité. «Il nous faut faire bloc pour peser, c'est notre seule chance», martèle Rana al-Hariri. Un collectif informel de femmes politiques et de la société civile s'est constitué pour coordonner les actions au sein et en dehors du Parlement. L'objectif : former un groupe transpartisan capable de défendre des dossiers comme la protection juridique des femmes, l'accès à l'éducation ou la lutte contre les violences domestiques.
«Nous sommes très peu nombreuses, mais nous pouvons être efficaces si nous nous organisons», assure Nisrine al-Saad. Le collectif prévoit de se réunir chaque semaine pour définir une stratégie commune et interpeller le gouvernement. Il compte également s'appuyer sur les réseaux sociaux pour mobiliser les femmes en dehors des cercles officiels.
Reste que le contexte politique en Syrie n'incite guère à l'optimisme. La guerre civile a considérablement réduit les espaces de liberté, et l'économie est en ruine. Les femmes, qui représentent la moitié de la population, sont souvent les premières victimes de cette crise. «Notre combat ne fait que commencer», conclut Rana al-Hariri.



