L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, incarcéré en Algérie depuis novembre 2024, a officiellement refusé sa nomination au prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, décerné par le Parlement européen. Dans un courrier transmis à son avocate, Me Françoise Matras, il dénonce une « démarche insidieusement partisane » qui, selon lui, instrumentalise son combat au service d'intérêts politiques.
Une décision motivée par des considérations politiques
Boualem Sansal, âgé de 76 ans, estime que cette distinction, bien que prestigieuse, est détournée de sa vocation première. Il affirme que sa candidature a été utilisée pour « attaquer l'Algérie » et « servir une certaine propagande », sans réelle considération pour la défense des droits humains. Son refus intervient alors que le Parlement européen devait voter sur l'attribution du prix le 23 octobre prochain. L'écrivain, qui a toujours revendiqué son indépendance, refuse d'être « un symbole malgré lui ».
Cette décision a été saluée par certains observateurs comme un acte de cohérence, mais elle a aussi suscité des critiques. Plusieurs députés européens, notamment de l'opposition, ont exprimé leur déception, estimant que ce refus affaiblit la portée du prix. Pour d'autres, il s'agit d'une provocation supplémentaire de l'écrivain, qui avait déjà créé la polémique avec ses déclarations sur l'islam et le nationalisme algérien.
Un contexte de tensions diplomatiques
Le refus de Boualem Sansal intervient dans un climat de fortes tensions entre la France et l'Algérie. Les relations bilatérales sont au plus bas depuis la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en juillet 2024. L'Algérie a rappelé son ambassadeur et multiplié les mesures de rétorsion. Dans ce contexte, la nomination de Sansal au prix Sakharov avait été perçue par Alger comme une provocation supplémentaire.
L'écrivain, qui a été arrêté pour « atteinte à l'unité nationale », encourt une peine pouvant aller jusqu'à 20 ans de prison. Son procès a été renvoyé à plusieurs reprises, et il est détenu dans des conditions jugées préoccupantes par ses soutiens. Selon son avocate, il a perdu 10 kilos et souffre de problèmes de santé. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International et Reporters sans frontières, ont appelé à sa libération immédiate.
Le prix Sakharov, un symbole contesté
Le prix Sakharov, créé en 1988 pour honorer des personnes ou organisations qui se sont distinguées dans la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a souvent été au centre de controverses. Attribué notamment à Nelson Mandela, à Aung San Suu Kyi ou encore aux « Femmes de la révolution iranienne », il est parfois perçu comme un outil de pression politique. Boualem Sansal rejoint ainsi une liste de lauréats ou nominés qui ont refusé cette distinction, à l'instar de l'écrivain chinois Liu Xiaobo, emprisonné et privé de sa liberté.
Ce refus illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les intellectuels engagés, pris entre leur volonté de témoigner et les risques d'instrumentalisation. Pour Boualem Sansal, la priorité reste sa libération et la défense de la liberté d'expression dans son pays, sans être l'otage d'aucun camp.



