Népal : vague de manifestations meurtrières et démission du Premier ministre
Depuis début septembre, le Népal est secoué par une vague de manifestations violentes qui ont plongé le pays dans une crise politique sans précédent. Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont causé la mort d'au moins 25 personnes et fait plus de 600 blessés. Sous la pression, le Premier ministre K.P. Sharma Oli a présenté sa démission.
L'origine de la colère : le blocage des réseaux sociaux
La crise a éclaté début septembre lorsque le gouvernement népalais a décidé de bloquer l'accès à plusieurs réseaux sociaux, dont Facebook, accusés de ne pas s'être enregistrés auprès des autorités. Officiellement, cette mesure visait à lutter contre les faux comptes et les discours haineux. Mais pour une grande partie de la jeunesse népalaise, cette interdiction a été l'étincelle qui a embrasé une colère déjà nourrie par la corruption généralisée, le manque d'opportunités économiques, et l'accès limité à l'éducation et aux soins de santé. Le mouvement, baptisé par ses organisateurs la mobilisation de la "génération Z", a rapidement gagné la capitale Katmandou.
Des manifestations sanglantes
Le lundi 8 septembre, des milliers d'étudiants et de jeunes manifestants ont défié les forces de l'ordre à Katmandou. Certains ont forcé l'entrée du complexe parlementaire, incendié une ambulance et des bâtiments officiels, dont le Parlement lui-même, et lancé des pierres contre la police anti-émeute. Les forces de sécurité ont répliqué avec des canons à eau, des matraques et des balles en caoutchouc. Des témoins accusent la police d'avoir tiré "sans discernement" sur la foule, ce qui a contribué à alourdir le bilan humain. Les affrontements ont également fait des victimes dans d'autres villes, notamment à Itahari, dans l'est du pays, où deux décès supplémentaires ont été signalés.
Des responsables politiques pris pour cible
À Katmandou, la contestation a pris une tournure insurrectionnelle. Des habitations de responsables politiques ont été incendiées, et plusieurs ministres ont dû être évacués en hélicoptère militaire. Des vidéos diffusées en ligne montrent des manifestants envahissant une résidence privée, où un homme identifié comme un ancien Premier ministre a été violemment agressé. Dans les rues, le ministre des Finances a lui aussi été attaqué, battu par la foule avant d'être jeté dans une rivière. La fumée des incendies a contraint l'aéroport international de Katmandou à suspendre les vols pendant plus de 24 heures, avant une réouverture partielle mercredi.
Démission du Premier ministre et incertitude politique
Face à l'ampleur des violences, le ministre de l'Intérieur Ramesh Lekhak a présenté sa démission, assumant sa "responsabilité morale". Le lendemain, le Premier ministre K.P. Sharma Oli a quitté ses fonctions. "Le Premier ministre a quitté ses fonctions", a confirmé son adjoint Prakash Silwal, précisant que le pays entrait dans une nouvelle phase d'incertitude politique. Les manifestants réclament désormais la formation d'un gouvernement de transition. Ils souhaitent que Sushila Karki, ancienne présidente de la Cour suprême, soit nommée Première ministre par intérim. Elle a déclaré à CNN-News18 avoir accepté cette proposition. Des représentants du mouvement ont indiqué vouloir rencontrer l'armée pour appuyer cette nomination.
Un pays sous tension
Mercredi 10 et jeudi 11 septembre, la capitale restait placée sous couvre-feu. Des soldats patrouillaient devant le Parlement incendié et dans des rues désertées. "Nous essayons d'abord de normaliser la situation. Nous sommes déterminés à protéger la vie et les biens des personnes", a déclaré le porte-parole de l'armée, Raja Ram Basnet. Le président du Népal, Ramchandra Paudel, a assuré jeudi faire "tous les efforts" pour trouver "aussi vite que possible" une solution à la crise. "Je consulte et fais tous les efforts possibles pour trouver une issue à la situation difficile que connaît le pays, dans le cadre de la Constitution", a déclaré le chef de l'État, alors que l'armée a engagé des discussions en vue de constituer un gouvernement provisoire.



