Quarante-cinq secondes. Moins d'une minute a suffi pour transformer Mexico en scène apocalyptique. Le 19 septembre dernier, un séisme de magnitude 7,1 a frappé le centre du Mexique, faisant plus de 360 morts. Trois semaines après, Clara Aparicio, une Lunelloise de 19 ans expatriée pour ses études, revient sur l'événement.
Une journée qui bascule
La journée avait pourtant bien commencé. Ciel bleu, temps radieux. Il est 13h10, heure locale. Clara attend une amie dans un café quand le sol se met à trembler. « J'ai d'abord cru que c'était mon voisin qui tapait du pied, mais le serveur a crié : “Séisme, courez, courez !” » Une fois dehors, les secousses se font de plus en plus violentes. « Le sol était comme du chewing-gum, un trampoline qui se balance de droite à gauche. À cinq mètres devant moi, un bout d'immeuble est tombé. J'ai pensé : “Ma vie s'arrête là, je vais mourir.” »
Le déclic est immédiat. « Je me suis mise en mode survie, je me suis dit : “Clara, il faut que tu coures sinon tu y passes.” » Mais difficile de se repérer quand le sol tangue, se fissure, quand les immeubles se frottent les uns aux autres, provoquant une épaisse fumée blanche. « Les gens criaient, je me sentais seule, je n'y voyais rien. » La jeune fille se raccroche alors au bras d'un maçon et tous deux sortent de la rue ravagée. Mais le répit est de courte durée. « Quelqu'un hurle : “Fuites de gaz, courez !” » Alors la course infernale reprend.
Le chaos et la solidarité
Clara débouche sur une place. « C'était le chaos, comme s'il y avait eu un bombardement. » Avec des bruits, beaucoup de bruits. Des cris, les sirènes des ambulances, des hélicoptères qui survolent la ville sans s'arrêter pendant deux jours. « Dans la rue où j'étais, un immeuble de cinq étages est tombé avec des gens dedans. On les entendait appeler à l'aide. C'était horrible... »
Une fois le séisme passé, Clara connaît un nouveau « coup dur » en revenant dans son appartement endommagé. « Je croyais n'avoir été touchée que superficiellement, mais je faisais partie des personnes délogées. » Ce soir-là, elle trouve de quoi manger et dort chez une amie avant d'être hébergée dans son université, totalement épargnée. Certains Français décident alors de partir. Mais pas Clara, qui se refuse à « trahir » le pays. D'autant plus que très vite, les secours s'organisent. « Tout s'est accéléré, les heures volaient. On était hors du temps pendant une semaine. » Achat de fournitures, préparation de paniers repas, tri de documents... Chacun s'investit, humainement et financièrement. « La solidarité était impressionnante. Si les Mexicains pouvaient le faire, on pouvait le faire aussi. »
Un quotidien marqué
La vie a fini par reprendre. Clara est retournée à la fac et vient de trouver un nouvel appartement, toujours à La Condesa. « Certains m'ont traitée de folle, mais il était important de ne pas abandonner mon quartier, voir comment il se reconstruit. » Aujourd'hui, elle décrit « un mini-traumatisme » avec la peur que tout recommence. Dans la rue, les stigmates sont partout, un quotidien que la jeune fille a appris à accepter. « On ne s'arrête pas de vivre. On relativise à présent nos petits problèmes. »
Quand elle repense à Lunel, Clara se sent nostalgique de ce « petit paradis, calme, où l'on vit bien », loin de l'agitation mexicaine. Mais en attendant son retour en juin prochain, la jeune fille compte bien encore profiter de son aventure. « Partir en voyage revient à se prendre une claque. » Autant dire qu'après seulement deux mois sur place, elle n'aura pas été déçue.



