Deux pas en avant, un pas en arrière. Après plusieurs semaines de pourparlers qui semblaient ne mener à rien, tant les États-Unis et l'Iran s'opposent sur tous les sujets, la diplomatie a enfin produit des « avancées ». Samedi, Donald Trump affirme qu'un accord entre les deux pays se rapprochait « grandement ». Le lendemain matin, le secrétaire d'État américain Marco Rubio envisage la possibilité que « le monde reçoive une bonne nouvelle » dans les prochaines heures.
Un changement de ton chez Trump
Mais dans l'après-midi, les propos plus prudents du président américain révèlent un changement de ton et de stratégie. « Le blocus restera pleinement en vigueur jusqu'à ce qu'un accord soit conclu, certifié et signé », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social. « Les deux parties, ajoute-t-il, doivent prendre le temps nécessaire pour bien faire les choses. Il ne doit y avoir aucune erreur. J'ai demandé à mes représentants de ne pas se précipiter pour conclure un accord, car le temps joue en notre faveur. »
C'est à la fois vrai et faux. Le blocus américain ― considéré par les experts comme la mesure la plus cohérente prise par les États-Unis depuis l'enlisement du conflit ― est efficace, puisque les Iraniens débordent de pétrole et ne peuvent pas le vendre. Pour eux, la levée du blocus est une priorité.
Mais la gestion du temps est en réalité plutôt favorable aux Iraniens. « Ils parient peut-être sur un épuisement du personnel et du matériel américains, certains bâtiments sont en opération depuis des semaines, voire des mois, les rotations sont restreintes. Contrairement aux Iraniens qui, eux, jouent à domicile », explique le chercheur David Rigoulet-Roze, spécialiste du Moyen-Orient.
Le flou autour du protocole d'accord
Côté iranien, le discours était dès le départ plus mesuré et plus précis. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismaïl Baghaï, a affirmé que son pays était en « phase de finalisation » d'un protocole d'accord avec les États-Unis, composé de 14 clauses, en vue de mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient. Le texte n'ayant pas été diffusé, il est difficile à ce stade de spéculer sur son contenu.
Selon la chaîne américaine CBS News, qui cite des sources proches des discussions, la dernière proposition comprendrait la réouverture du détroit d'Ormuz, le dégel de certains actifs iraniens dans des banques à l'étranger, et la poursuite des négociations pour trente jours supplémentaires. Des sources iraniennes au fait des négociations, citées par l'agence de presse Fars, affirment que l'accord prévoit bien un déblocage du détroit mais que ce dernier resterait contrôlé par l'Iran. CBS News ne précise pas quelle partie est à l'origine de ces propositions.
Et c'est peut-être bien le problème. Donald Trump doit pouvoir dire à sa population : « J'ai gagné. » Or, l'Iran demandait depuis longtemps ce protocole d'accord ― différent d'un accord ― et a fini par l'obtenir. Dans un protocole d'accord, « on se met d'accord sur les sujets abordés en priorité, leur calendrier, les délais de négociations », décrypte Ulrich Bounat, analyste géopolitique.
Des dossiers urgents et d'autres à long terme
Certains dossiers sont urgents, comme la réouverture du détroit d'Ormuz. Celui du nucléaire iranien, très technique, prendra des années. Il est donc pour l'instant mis de côté, comme l'a confirmé Ismaïl Baghaï. « Nous avons déjà subi des attaques illégales lors de négociations nucléaires. C'est pourquoi nous avons décidé, avec responsabilité et sagesse, de donner la priorité à une question urgente pour nous tous : la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban », a complété le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
« Mais Donald Trump voulait une capitulation totale de l'Iran. L'idée de décorréler les sujets s'est imposée sous la pression des pays du Moyen-Orient, car il ne se passait rien depuis le cessez-le-feu (en vigueur depuis le 8 avril) », souligne le chercheur chez EuroCreativ.
Même si ça ne plaît pas du tout au président républicain, et encore moins à Israël, la question du stock d'uranium iranien sera bien abordée lors « d'un prochain cycle de négociations sur le programme nucléaire iranien », indique le New York Times, citant deux responsables américains anonymes.
Un cadre pour rebâtir la confiance
Ce protocole d'accord poserait donc un cadre, permettrait d'obtenir des avancées très concrètes sur certains points et de détendre l'économie mondiale. Il devrait aussi rebâtir un minimum de confiance entre les deux camps, aujourd'hui réduite à néant. « S'il est signé, ça montrera que Donald Trump a lâché », résume Ulrich Bounat. Le président a toutefois indiqué ce dimanche qu'il était urgent d'attendre…
Malgré une nette accélération du tempo diplomatique, rien ne dit que les négociations déboucheront sur la fin du conflit. Il avait commencé le 28 février par des frappes américano-israéliennes qui ont tué l'ayatollah Khamenei, le guide suprême de la République islamique, remplacé depuis par son fils Mojtaba.
Face à Trump, un fonctionnement atypique du pouvoir iranien
L'Iran a souligné qu'il n'y aurait aucun accord à moins qu'une partie de ses avoirs gelés ne soit libérée dès la première étape et qu'un mécanisme clair ne soit établi pour garantir la libération des autres fonds bloqués, rapporte une « source informée » de l'agence de presse Tasnim. Selon elle, si aucun accord définitif n'a encore été trouvé, c'est notamment en raison de désaccords sur ce dossier.
Donald Trump, qui a l'habitude de négocier face à un seul interlocuteur décisionnaire, doit aussi s'adapter au fonctionnement atypique de l'Iran. « Il y a des factions, des groupes, un système compliqué. Parler de régime des mollahs n'est plus vraiment approprié, relève David Rigoulet-Roze. Ce sont les Gardiens de la révolution qui ont pris l'ascendant sous la forme d'une junte militaro-islamique. »
Toute la difficulté actuelle est de savoir qui parle et au nom de qui ? Qui est susceptible de porter un accord qui serait validé de manière consensuelle au sein du système ? « Donald Trump semble parier sur Mohammad Ghalibaf, le président du Parlement iranien, lui-même issu des Gardiens, mais il n'est pas seul décisionnaire en la matière ».



