Téhéran a haussé le ton ce samedi en demandant officiellement aux alliés arabes des États-Unis de « reconsidérer leur coopération sécuritaire » avec Washington. Une mise en garde qui intervient alors que le Moyen-Orient est plongé dans une escalade militaire sans précédent depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas.
Une demande transmise par les canaux diplomatiques
Selon les médias d’État iraniens, la requête a été adressée aux ambassadeurs de plusieurs monarchies du Golfe, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et Bahreïn, lors d’entretiens au ministère iranien des Affaires étrangères à Téhéran. Le chef de la diplomatie iranienne a insisté sur le fait que toute facilitation logistique, tout survol d’espace aérien ou toute fourniture de bases aux forces américaines serait considéré comme un « acte inamical » par l’Iran.
Cette pression diplomatique vise à dissuader les partenaires régionaux des États-Unis de participer à une éventuelle opération militaire conjointe contre les intérêts iraniens. Téhéran cherche ainsi à briser l’unité du dispositif américain au Moyen-Orient, en s’appuyant sur les craintes de ses voisins d’une conflagration généralisée.
Renforcement militaire américain dans la région
La demande iranienne survient alors que le Pentagone a ordonné un renforcement significatif de ses forces au Moyen-Orient. Le porte-avions USS Theodore Roosevelt et son groupe aéronaval ont été déployés en Méditerranée orientale, tandis que des escadrons de chasseurs F-35 et F-16 ont été positionnés au Qatar et aux Émirats arabes unis. Le sous-marin de croisière USS Georgia, équipé de missiles Tomahawk, a également été redéployé dans la zone.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 40 000 Palestiniens ont été tués depuis le 7 octobre 2023, jour de l’attaque du Hamas qui a fait environ 1 200 morts en Israël, selon les autorités israéliennes. Les frappes israéliennes se sont intensifiées contre des cibles liées à l’Iran en Syrie, au Liban et au Yémen, où les rebelles houthis continuent de menacer le trafic maritime en mer Rouge.
Les alliés régionaux pris entre deux feux
Les pays du Golfe se retrouvent dans une position délicate. D’un côté, ils demeurent des partenaires historiques de Washington, avec des accords de défense et des achats d’armements massifs. De l’autre, ils cherchent à préserver leurs relations économiques avec l’Iran, voisin et partenaire commercial important pour certains d’entre eux. L’Arabie saoudite et l’Iran ont d’ailleurs repris leurs relations diplomatiques en 2023, sous l’égide de la Chine, après sept ans de rupture.
Riyad a récemment refusé à plusieurs reprises d’autoriser le survol de son territoire par des appareils militaires américains en route vers des frappes contre des positions iraniennes, selon des responsables américains cités par la presse. Les Émirats arabes unis, principaux hub logistiques pour l’armée américaine, ont également montré des signes d’apaisement en accueillant des délégations iraniennes pour des discussions sur la sécurité maritime.
Un impact sur les négociations de cessez-le-feu
Cette offensive diplomatique iranienne pourrait compliquer les efforts de médiation menés par l’Égypte et le Qatar pour parvenir à un cessez-le-feu à Gaza. En effet, l’Iran dispose d’une influence directe sur plusieurs acteurs de la région, notamment le Hezbollah au Liban et le Hamas palestinien, qui sont en première ligne face à Israël. Téhéran semble vouloir imposer ses conditions et montrer que toute solution durable doit passer par une reconnaissance de ses intérêts.
« L’Iran ne veut pas la guerre, mais il n’hésitera pas à répondre à toute agression », a déclaré un haut responsable iranien à l’agence de presse officielle, sous couvert d’anonymat. Une déclaration qui illustre la détermination de Téhéran, tout en laissant une porte ouverte à la désescalade.
La réponse des capitales du Golfe
Pour l’heure, les monarchies du Golfe restent prudentes. Aucune réponse officielle n’a été rendue publique à la demande iranienne. Des sources diplomatiques régionales évoquent des consultations internes pour évaluer la portée de cette initiative. « Nous ne voulons pas être entraînés dans une guerre qui ne nous appartient pas », confie un diplomate saoudien à des médias arabes, sous couvert d’anonymat.
Les analystes estiment que les pays du Golfe vont chercher à maintenir un équilibre subtil : continuer à coopérer avec Washington sur le plan militaire, tout en évitant de donner à Téhéran un prétexte pour des représailles. La visite programmée du secrétaire d’État américain dans la région, dans les prochains jours, sera scrutée de près pour jauger la solidité de l’alliance américaine face aux pressions iraniennes.



