Engagé dans un conflit prolongé avec les États-Unis, l'Iran se tourne vers la Chine pour renforcer sa défense aérienne. Selon Reuters, Téhéran s'apprête à recevoir d'ici quelques semaines une première livraison de 300 à 400 systèmes de missile sol-air portatifs (MANPADS) chinois, notamment des missiles QW-12 et FN-16. Cet achat, d'une valeur estimée entre 60 et 70 millions de dollars, constitue l'une des plus importantes initiatives de Téhéran en matière d'armement à courte portée depuis le début du conflit en février.
Un besoin urgent de combler les lacunes défensives
L'Iran cherche ainsi à réduire ses vulnérabilités, notamment la protection des sites militaires et des infrastructures stratégiques. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les États-Unis et Israël ont frappé de nombreuses installations iraniennes liées aux programmes de missiles, de drones et de défense aérienne. Le conflit a souligné la difficulté de Téhéran à défendre des sites fixes contre des aéronefs de pointe et des armes à guidage de précision. Face à la reprise des frappes américaines et aux négociations en cours, la livraison de centaines de MANPADS renforcerait considérablement le parc de défense aérienne à courte portée de l'Iran et démontrerait l'intensification des liens militaires avec la Chine.
Un accord via un intermédiaire hongkongais
Selon les sources de Reuters, l'accord a été signé avec Zhongqing Baoshang International Investment, une société basée à Hongkong, jouant le rôle d'intermédiaire. Les livraisons doivent s'effectuer par voie aérienne depuis Urumqi, dans l'ouest de la Chine, puis transiter par le Pakistan avant d'atteindre l'Iran. Deux sources des services de renseignement occidentaux et un responsable iranien ont indiqué que Téhéran avait également étudié des voies terrestres pour acheminer plus discrètement des fournitures militaires chinoises et des composants à double usage, afin de réduire le risque d'interruption.
Dénégations officielles du Pakistan et de la Chine
Mercredi 29 juillet, Islamabad a démenti que le Pakistan serve de pays de transit. "Les spéculations selon lesquelles le Pakistan serait impliqué dans la fourniture d'armes de défense aérienne à l'Iran en provenance de Chine sont totalement inventées de toutes pièces et fausses", a annoncé l'ISPR, le service de relations publiques de l'armée pakistanaise. Interrogé sur cet accord lors d'une conférence de presse à Pékin, le porte-parole du ministère chinois de la Défense, Jiang Bin, a déclaré qu'il "n'était pas au courant de cette situation". Le ministère chinois des Affaires étrangères a également qualifié ces informations de "totalement infondées", ajoutant que "la Chine n'a cessé de jouer un rôle dans la promotion de la paix et la résolution du conflit".
Des systèmes de défense mobiles et efficaces
Malgré les démentis, Téhéran a un besoin urgent de renforcer son système de défense. Bien que la République islamique ait massivement investi dans les missiles, les drones et les radars au cours des deux dernières décennies, les experts militaires soulignent l'importance des systèmes de défense aérienne portatifs. Ces MANPADS peuvent être déployés rapidement par de petites équipes, les rendant moins vulnérables que les batteries fixes. Les QW-12 et FN-16 sont des systèmes à guidage infrarouge lancés à l'épaule, conçus pour intercepter des avions volant à basse altitude, des hélicoptères et des drones. Leur mobilité permet un déploiement rapide autour d'installations militaires, d'infrastructures énergétiques et d'autres sites sensibles. Les analystes du secteur de la défense considèrent que le QW-12 est moins performant que les variantes plus récentes comme les QW-18 et QW-19, mais estiment qu'il offre une protection efficace à courte portée.
Une dépendance persistante malgré les sanctions
L'acquisition de ces systèmes chinois souligne la dépendance persistante de l'Iran vis-à-vis d'une combinaison de production nationale et de fournisseurs étrangers, malgré des années de sanctions et de restrictions sur les importations liées à la défense. Dans ce contexte, le président américain Donald Trump a affirmé mercredi qu'il serait "très déçu" si la Chine fournissait réellement des systèmes de défense aérienne à son adversaire iranien. En mai, après une rencontre à Pékin avec le président chinois Xi Jinping, Trump avait déclaré que son homologue s'était engagé à ne pas soutenir militairement Téhéran.



