Le Hezbollah, par la voix de son secrétaire général Naïm Qassem, a durci sa position ce week-end, fixant des lignes rouges dans le contexte régional. Sous pression internationale, israélienne et du gouvernement libanais, le mouvement chiite refuse toujours de désarmer, menaçant même de renverser le gouvernement par la rue.
Un discours de défi
Dans un discours télévisé dimanche, Naïm Qassem a déclaré : « Le désarmement, c’est l’anéantissement, et nous ne pouvons pas l’accepter ». Il a qualifié l’exigence du monopole de l’État sur les armes de « projet israélien », et a appelé le peuple à « descendre dans la rue, de renverser le gouvernement et de résister de toutes ses forces à ce projet israélo-américain ».
Cette escalade verbale n’étonne pas les observateurs à Beyrouth. Anthony Samrani, rédacteur en chef du quotidien L’Orient/Le jour, explique : « Le Hezbollah durcit le ton. Ils menacent de faire tomber le gouvernement par la rue. Ils expliquent qu’ils ne rendront jamais leurs armes et sous-entendent que si vous venez les chercher, ce sera la guerre civile ».
Stratégie coordonnée avec Téhéran
Cette posture intervient alors que l’Iran négocie avec les États-Unis dans le détroit d’Ormuz. Pour Anthony Samrani, « c’est une stratégie coordonnée. Je crois qu’il y a une peur du côté du Hezbollah d’être sinon abandonné par les Iraniens dans les négociations, qu’en tout cas la pression israélienne soit si forte qu’ils parviennent à séparer le front iranien du front libanais ».
David Rigoulet-Roze, spécialiste du Moyen-Orient, abonde : « C’est forcément coordonné. Les dirigeants du Hezbollah veulent capitaliser sur la demande iranienne à leur profit dans l’accord avec Trump. Ils ne veulent pas se désarmer. Ils se sentent soutenus à Téhéran sur ce dossier-là ».
Un pouvoir de nuisance persistant
Bien que le Hezbollah ait perdu de sa superbe militaire, il conserve une capacité de nuisance, notamment via ses liens avec les forces armées libanaises. « À partir du moment où le parti de Dieu arrive à absorber ses pertes avec une rhétorique sacrificielle autour de la martyrologie, et à recruter toujours des troupes, il peut se dire que si l’Iran sort gagnant, il pourra reconstruire », analyse Anthony Samrani.
David Rigoulet-Roze ajoute : « La position jusqu’au boutiste du Hezbollah n’aide pas au soutien de la population civile… Mais la milice chiite essaie ainsi de montrer qu’elle a encore la main ».
La population libanaise en attente
La majorité des Libanais se prononce pour un accord de paix et le désarmement du Hezbollah, mais sans effet concret. « Aucun État au monde ne peut accepter la présence d’une milice armée qui décide de la guerre et de la paix à sa place. Il faut lui retirer cette possibilité par la force s’il le faut, en évitant un maximum les tensions et la confrontation, c’est notre seule option », conclut Anthony Samrani.



