La guerre déclenchée le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l'Iran semble terminée, mais une nouvelle carte du Golfe se dessine. L'accord de paix vient d'être signé, mais derrière la fin des combats, une certitude s'est effondrée : celle de la protection américaine. Bases pulvérisées, aéroports du Golfe frappés, détroit d'Ormuz transformé en ligne de front... Les monarchies arabes ont compris qu'aucune goutte de sang américain ne serait versée pour les défendre.
Une garantie américaine anéantie
Selon Fatiha Dazi-Héni, politologue à l'IRSEM et spécialiste de la péninsule Arabique, cette guerre marque un tournant historique. « Les États-Unis ont montré qu'ils ne sont plus prêts à sacrifier leurs soldats pour la sécurité de leurs alliés du Golfe », explique-t-elle. Les bases américaines dans la région ont été pulvérisées, les aéroports du Golfe frappés, et le détroit d'Ormuz est devenu une ligne de front. Les monarchies arabes, qui comptaient sur le parapluie américain, doivent désormais repenser leur sécurité.
Rivalité ouverte entre Riyad et Abou Dabi
La guerre a également exacerbé les tensions entre les puissances régionales. Riyad et Abou Dabi sont en rivalité ouverte, chacun cherchant à tirer profit du vide laissé par les États-Unis. Les Émirats arabes unis, qui avaient parié sur Israël, voient leur stratégie s'effondrer. « Le pari des Émirats sur Israël a échoué », note Dazi-Héni. « Ils ont perdu leur crédibilité auprès des autres monarchies du Golfe. »
Le retour de l'Iran et l'irruption du Pakistan
L'Iran, bien que vaincu militairement, reste un acteur incontournable. « L'Iran revient dans l'équation régionale, non pas comme un vaincu, mais comme un acteur avec lequel il faudra compter », souligne la politologue. Parallèlement, le Pakistan nucléaire fait une irruption remarquée dans le jeu géopolitique du Golfe, offrant une alternative aux monarchies arabes en quête de protection. « Le Pakistan, avec son arsenal nucléaire, devient un interlocuteur clé », ajoute-t-elle.
Une nouvelle donne sécuritaire
La fin de la garantie américaine oblige les monarchies du Golfe à diversifier leurs alliances. Certaines se tournent vers la Chine ou la Russie, tandis que d'autres renforcent leurs capacités militaires nationales. La carte du Golfe se redessine sous nos yeux, avec des conséquences durables pour la stabilité régionale. Fatiha Dazi-Héni, autrice de « L'Arabie saoudite en 100 questions » (Tallandier) et « Monarchies et sociétés d'Arabie » (Presses de Sciences Po), analyse ces bouleversements dans un entretien avec Pierre Haski, disponible sur la chaîne YouTube « le Monde de Pierre Haski », en partenariat avec le Nouvel Obs.



