Une foule sous contrôle
Ce 9 mai, à Saint-Pétersbourg, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans le cadre du « Régiment immortel », une marche commémorative en l'honneur des soldats de la Seconde Guerre mondiale. Mais derrière l'apparente ferveur patriotique, l'événement est devenu un rouage essentiel de la machine de propagande du Kremlin, notamment depuis le début de la guerre en Ukraine.
Les participants, souvent des familles avec enfants, portent des portraits de leurs ancêtres ayant combattu contre l'Allemagne nazie. Pourtant, l'organisation stricte et la présence massive de symboles pro-gouvernementaux transforment cette mémoire en outil politique. Des drapeaux russes, des rubans de Saint-Georges et des affiches glorifiant l'armée russe actuelle sont omniprésents.
Une instrumentalisation de la mémoire
Le « Régiment immortel » a été créé en 2012 à Tomsk par des journalistes, mais il a rapidement été récupéré par le pouvoir. Aujourd'hui, il est coordonné par des mouvements pro-Kremlin et sert à légitimer l'offensive en Ukraine en l'assimilant à la lutte contre le nazisme. Les discours des responsables locaux comparent systématiquement les soldats russes d'aujourd'hui à ceux de 1945.
Les opposants et les critiques dénoncent une manipulation. « On nous demande de pleurer nos grands-pères tout en soutenant une guerre qui tue des Ukrainiens », confie une habitante sous couvert d'anonymat. Les autorités locales, elles, vantent l'unité nationale et la transmission des valeurs patriotiques.
Une participation massive mais encadrée
Des bus entiers acheminent les participants depuis les quartiers périphériques. Les écoles et les entreprises sont fortement incitées à participer, sous peine d'être accusées de manque de patriotisme. Les écrans géants diffusent des images de l'armée russe et des messages de soutien au président Vladimir Poutine.
La marche se déroule sous la surveillance étroite des forces de l'ordre. Tout signe de contestation est réprimé. Des militants pacifistes ayant tenté de brandir des pancartes pour la paix ont été rapidement interpellés. La liberté d'expression est réduite au silence au nom de la mémoire sacrée.
Un outil de propagande efficace
Pour le Kremlin, le « Régiment immortel » est un moyen de mobiliser la population autour du récit national et de justifier la guerre. En associant l'Ukraine au nazisme, le pouvoir cherche à diaboliser l'ennemi et à renforcer le soutien à l'effort de guerre. Les médias d'État relaient abondamment l'événement, présentant la foule comme une preuve de l'adhésion populaire.
À Saint-Pétersbourg, comme dans d'autres villes russes, cette commémoration est devenue un rendez-vous incontournable. Mais pour beaucoup, elle illustre la dérive autoritaire d'un régime qui instrumentalise l'histoire pour asseoir son pouvoir.



