La diaspora iranienne en France, suspendue aux nouvelles et rongée par l'angoisse
« Je suis 24 heures sur 24 sur les informations, et je ressens un mélange de tristesse, de traumatisme, et en même temps un tout petit peu d'espoir… », confie Sina*, un Iranien résidant en région parisienne. Depuis les manifestations contre la vie chère en Iran fin décembre, jusqu'au déclenchement de la guerre par Israël et les États-Unis le 28 février, et enfin le cessez-le-feu, la diaspora iranienne en France se trouve sur un fil. Elle est suspendue aux nouvelles et plongée dans une grande angoisse.
Un impact psychologique profond
« J'ai 100 % de ma famille là-bas, et j'ai une grande famille. Il faut imaginer qu'on n'a pas de nouvelles d'eux », poursuit Sina. Il indique que dans son entourage d'amis iraniens, « beaucoup sont en dépression, prennent des médicaments, vont voir des psychologues ». Lui-même a été en arrêt maladie pendant deux semaines, incapable de travailler. « C'est très stressant à cause de l'incertitude », raconte Bernard*, né en France, qui a moins de famille en Iran, et évoque « des hauts et des bas » : « Je ne suis pas impacté dans mon quotidien mais mes pensées sont là-bas, ce sont mes racines… Quand on entend que les écoles ou des sites historiques sont frappés, cela fait mal. »
La répression du régime, pire que les bombes
Si l'impact des bombes sur les infrastructures civiles et les universités inquiète les personnes interviewées par 20 Minutes, le pire pour elles n'est pas les bombardements, mais la répression du régime. « Une partie de mes amis et de ma famille a été exécutée par le régime. La répression se voit moins que les bombes mais elle tue », indique Fahimeh Ponsonnaille, française d'origine iranienne et membre de l'association des femmes iraniennes en France. « Mes amis sur place ont mille fois plus peur du régime que des bombardements », complète Sina.
D'après Iran Human Rights (IHR), dix prisonniers politiques ont été exécutés en dix jours, du « jamais vu » pour son directeur, Mahmood Amiry-Moghaddam. Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1 639 personnes en 2025, un record depuis 1989, selon le rapport annuel conjoint de l'organisation norvégienne et d'Ensemble contre la peine de mort (ECPM).
Pour Sina, ce ne sont pas les dernières semaines qui ont été les pires, mais le mois de janvier. « C'était le fond de l'enfer. J'étais en survie. J'ai perdu un ami qui a reçu des balles dans le cœur. Beaucoup de mes amis ont à ce moment-là perdu un membre de leur famille ou un proche. Pour ma part, je suis persuadé qu'il y a beaucoup plus de 35 000 morts », chiffre qui correspond aux estimations de deux hauts responsables du ministère de la Santé iranien interrogés par l'hebdomadaire américain Time.
Le black-out Internet, une source de douleur supplémentaire
La difficulté d'avoir des nouvelles des proches ajoute à la douleur. « C'est le black-out. Le régime a tout coupé. C'est très compliqué d'avoir des nouvelles de ma famille, d'autant que le régime sait que je suis liée à l'opposition iranienne. C'est dangereux pour eux. Les contacts sont succincts : ils me disent qu'ils sont en vie, et c'est tout », raconte Mahan Taraj, juriste et fondatrice du podcast Iran Décrypté.
D'après l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, la coupure Internet en Iran, imposée par les autorités, dure depuis près de quarante-cinq jours. C'est la plus longue jamais subie à l'échelle d'un pays tout entier.
« Parfois des messages passent, puis les gens ne répondent plus. Certains paient cher pour un VPN - un sixième de salaire d'un employé - pour avoir 5 gigas de données, mais sans aucune certitude que cela passe », souligne Sina. Bernard raconte avoir eu « deux ou trois fois dans le mois » des nouvelles de sa famille, via un cousin qui a des amis qui accèdent parfois à Internet.
Une déception face à la guerre
Les Iraniens ou personnes d'origine iranienne de la diaspora française interrogées par 20 Minutes sont plutôt déçues par la guerre lancée par Israël et l'administration Trump, qu'ils et elles jugent de moins en moins capable de libérer leur pays du joug du régime. « La guerre n'a jamais été une solution pour amener la démocratie », estime Fahimeh Ponsonnaille. Tous s'accordent sur le fait qu'il faut « stopper le plus vite possible Netanyahou, Trump et les mollahs ». « Il y a eu trop de morts », lâche Bernard.
*Les prénoms ont été modifiés.



