Crise migratoire à Ceuta : 60 000 migrants en quelques jours
Ceuta : 60 000 migrants arrivés en quelques jours

En deux ou trois jours, l'enclave espagnole de Ceuta a été submergée par un afflux migratoire d'une ampleur inédite. Le président du gouvernement local, Juan Jesus Vivas, évoque environ 60 000 arrivées, tandis que le ministère espagnol de l'Intérieur avance le chiffre de 50 000. La grande majorité de ces migrants, pour l'essentiel des jeunes hommes et des adolescents, est toutefois déjà repartie : vendredi en fin d'après-midi, plus de 48 000 personnes avaient regagné le Maroc.

Deux jours après le début de la crise, l'Espagne estimait samedi que la situation était « quasiment » revenue à la normale. Le retour au Maroc de « presque » tous les migrants a été constaté par les autorités, mais le drame humain reste présent : au moins 67 personnes sont mortes en tentant d'atteindre Ceuta à la nage, selon le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, qui a évoqué des « événements tristes, dramatiques ».

Un afflux record dans une ville de 84 000 habitants

L'ampleur de cet afflux est d'autant plus frappante que la population légale de Ceuta est de seulement 84 000 habitants. En l'espace de deux à trois jours, l'enclave a donc potentiellement accueilli un nombre de migrants équivalant à près des trois quarts de sa population, selon les estimations les plus hautes.

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Les images de ces milliers de personnes traversant la frontière, à pied ou à la nage, ont immédiatement suscité des réactions politiques, notamment à droite et à l'extrême droite européennes, qui réclament un durcissement des contrôles aux frontières. La crise soulève aussi des questions sur l'attitude des autorités marocaines, accusées d'avoir laissé faire.

Le Maroc a-t-il laissé passer les migrants ?

Selon le journaliste Ignacio Cembrero, spécialiste des questions migratoires en Afrique du Nord, les forces de sécurité marocaines « restent les bras croisés » depuis mercredi. Il explique que pour atteindre la digue marquant la frontière, les migrants devaient franchir des cordons de police et de forces auxiliaires : « Il est évident qu'on les a laissés passer. Sinon, cela ne se serait pas produit », assure-t-il.

Carlos Echeverria, directeur de l'Observatoire de Ceuta et Melilla, estime pour sa part que le terme controversé d'« invasion » peut se justifier, dans la mesure où « des milliers de personnes franchissent illégalement une frontière internationale en exerçant une pression sur un pays voisin ».

Pourquoi cette vague migratoire maintenant ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce déferlement. Le premier est d'ordre juridique : la Cour suprême espagnole a jugé le 8 juillet que le renvoi immédiat d'un migrant sans procédure administrative d'expulsion ne s'applique pas aux personnes arrivées par voie maritime. Ignacio Cembrero reconnaît que « l'arrêt du 8 juillet a joué un rôle », mais précise qu'« il n'explique pas l'ampleur de la mobilisation, qui est très importante ».

D'autres explications avancées par les experts sont la récente décision du gouvernement espagnol de régulariser certaines personnes entrées illégalement, ou encore la perspective d'un changement de majorité politique à Madrid, avec un exécutif potentiellement plus ferme sur l'immigration.

Un moyen de pression pour le Maroc ?

Pour Carlos Echeverria, le contexte est celui d'« un chantage permanent » exercé par le Maroc. Plusieurs analystes voient en effet dans ces crises migratoires à répétition, et dans le supposé laxisme des forces de sécurité marocaines, un moyen de pression diplomatique sur l'Espagne.

Le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla depuis son indépendance en 1956, tandis que Madrid refuse toute négociation sur l'avenir de ces deux enclaves. Selon Ignacio Cembrero, Rabat « y a vu une occasion de forcer l'Espagne à négocier l'avenir de ces villes ».

Les migrants peuvent-ils rejoindre le reste de l'UE ?

Les responsables espagnols sont formels : une arrivée irrégulière à Ceuta ne donne aucun droit de séjour en Espagne, ni de départ vers la péninsule, ni de circulation libre en Europe. Conformément à la réglementation de l'espace Schengen, les deux enclaves de Ceuta et Melilla disposent de procédures spécifiques de contrôle aux frontières pour tout voyage vers le continent, par les airs ou par la mer.

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Aucune des personnes entrées irrégulièrement dans Ceuta n'a quitté la ville pour l'Europe, et n'aurait été en mesure de le faire, assurent les autorités espagnoles.

L'Europe réagit, la France renforce ses contrôles

La crise a provoqué une onde de choc au sein de l'Union européenne. L'Italie a annoncé vendredi suspendre temporairement les règles de Schengen vis-à-vis de l'Espagne. Samedi, 22 dirigeants européens, dont la Première ministre italienne et le chancelier allemand, ont réclamé une « visioconférence d'urgence » des ministres européens de l'Intérieur.

De son côté, Emmanuel Macron a réaffirmé « sa solidarité » à l'Espagne, tout comme le Royaume-Uni, qui se disent prêts à aider Madrid. Paris a également décidé de multiplier par cinq les effectifs de police et de gendarmerie à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre à 334 agents dès samedi.