Crise à Ceuta : 22 pays de l'UE demandent une réunion d'urgence
Ceuta : 22 pays de l'UE réclament une visioconférence

Vingt-deux dirigeants de l'Union européenne, dont la Première ministre italienne et le chancelier allemand, ont demandé samedi 1er août une « visioconférence d'urgence » des ministres européens de l'Intérieur pour évaluer et répondre à la crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta. Dans une lettre ouverte adressée à la présidence irlandaise de l'UE, au président du Conseil européen Antonio Costa et à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, les signataires affirment que « les événements de ces derniers jours exigent une réponse européenne immédiate et coordonnée ».

« Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l'instrumentalisation des migrations ou d'autres menaces hybrides donnent le sentiment qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne. Et qu'une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal », estiment les 22 pays, dont l'Italie et l'Allemagne. Cette demande intervient alors que l'Espagne, confrontée à un afflux massif de migrants à Ceuta, est la cible de critiques de la part d'autres États membres, où le sujet de l'immigration reste particulièrement inflammable.

Au moins 67 migrants morts aux abords de l'enclave

Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé samedi qu'au moins 67 migrants sont morts en essayant d'entrer à Ceuta, évoquant des « événements tristes, dramatiques ». Lors d'un point-presse depuis Ceuta, il a également indiqué que « en moins de 48 heures, la situation à Ceuta n'a plus rien à voir et un retour à la normale est en cours ». Ce bilan tragique souligne la violence des tentatives de franchissement de la frontière marquée par des centaines de personnes cherchant à rejoindre l'Europe.

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La pression migratoire s'est concentrée sur cette enclave espagnole située dans le nord du Maroc, où environ 60 000 personnes sont arrivées au cours des derniers jours. Les gardes civils et l'armée espagnole ont été déployés pour tenter de contrôler la situation, tandis que les autorités marocaines ont renforcé leurs patrouilles. Malgré ce déploiement, le nombre de morts reste élevé, alimentant la colère des ONG et des défenseurs des droits humains.

La « quasi-totalité » des migrants de retour au Maroc

Selon le gouvernement espagnol, « la quasi-totalité » des dizaines de milliers de migrants entrés dans l'enclave de Ceuta sont déjà retournés au Maroc. Les candidats à l'émigration, en large majorité des Marocains refoulés de l'enclave, sont revenus dans la petite ville de Fnideq, dans le nord du Maroc, où ils étaient embarqués dans des autocars pour être ramenés chez eux. Ce mouvement de retour massif, confirmé par les autorités locales, a permis de réduire considérablement la pression sur Ceuta, même si la crise n'est pas officiellement terminée.

Le ministre espagnol de l'Intérieur s'est félicité de cette évolution : « La crise ne peut évidemment pas être considérée comme terminée (...) mais nous disons que l'évolution est très importante. » Il a également précisé que la situation est « quasiment » revenue à la normale, avec « presque » tous les migrants de retour au Maroc. Cette accalmie relative ne fait toutefois pas oublier les tensions entre Madrid et Rabat, ni les divergences au sein de l'Union européenne sur la gestion des frontières et de l'asile.

Pedro Sanchez dénonce des attitudes « égoïstes » de certains pays de l'UE

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a vivement critiqué samedi l'attitude « égoïste » de certains pays de l'Union européenne face à la crise de Ceuta. Dans une lettre adressée aux chefs des institutions européennes, il a réclamé une réunion en visioconférence des ministres de l'Intérieur des 27. « Une telle attitude, motivée par les préjugés, les fausses informations, l'ignorance ou des intérêts politiques, est non seulement contraire au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité qui nous unissent, mais elle va également à l'encontre des intérêts à long terme de l'Europe », a-t-il écrit.

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Cette sortie intervient après les critiques formulées par plusieurs capitales européennes, notamment sur la manière dont l'Espagne a géré l'afflux de migrants. Madrid, de son côté, souligne qu'il s'agit d'une « attaque » contre l'intégrité territoriale du pays et d'une « violation » de ses frontières, comme l'a déclaré Pedro Sanchez dans un message précédent. Le chef du gouvernement espagnol estime que la solidarité européenne doit s'appliquer concrètement face à ce type de pression migratoire et hybride.

L'Espagne restera dans l'espace Schengen, assure Paris

Alors que certaines voix évoquaient une possible exclusion temporaire de l'Espagne de l'espace Schengen, le ministre français de l'Intérieur a coupé court à ces spéculations. « Absolument pas question » que l'Espagne quitte la zone de libre circulation, a-t-il déclaré samedi, apportant un soutien clair à Madrid. Cette mise au point fait suite aux demandes de 22 pays de l'UE en faveur d'une coordination renforcée pour éviter que des entrées irrégulières massives ne se transforment en droit au séjour.

La crise de Ceuta a en effet relancé le débat sur la réforme de la politique migratoire européenne, déjà très sensible en période électorale dans plusieurs États membres. La lettre des 22 pays, qui appelle à une réponse commune immédiate, sera au cœur de la visioconférence d'urgence des ministres de l'Intérieur, dont la tenue a été réclamée par l'Espagne. Les autorités européennes, de leur côté, insistent sur la nécessité de concilier respect des droits fondamentaux et fermeté aux frontières extérieures.