Installé dans le bureau Ovale, Donald Trump a la menace et la gâchette facile. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président a intimidé ou frappé au moins 15 pays sur ses deux mandats. Ce mercredi, en conseil ministériel, il a déclaré qu'il "fera péter" Oman si le pays intervenait aux côtés de l'Iran dans le détroit d'Ormuz. Une phrase que le président aurait lâchée avec désinvolture, comme une parenthèse dans la réunion, rapportent des journalistes de CNN. Désinvolte, certes, mais pas inhabituel.
Des frappes militaires déjà menées
Depuis le début de son second mandat, sept pays ont été attaqués par les États-Unis : l’Irak, le Nigeria, la Somalie, la Syrie, le Yémen et, bien sûr, le Venezuela et l’Iran. Les bombes américaines ont parfois visé des groupes terroristes plutôt que des gouvernements, comme en Irak, relève CNN. Toutefois, ce décompte n'inclut pas les frappes contre les quelque 60 bateaux soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et l’océan Pacifique qui ont coûté la vie à 190 personnes, souligne CNN.
Menaces et ambitions impérialistes
Au cours des 16 derniers mois, en plus d'Oman donc, Donald Trump a également menacé ou refusé d'exclure la possibilité de frapper six autres pays. Début janvier, le président qui a toujours eu une relation tendue avec le Mexique, a déclaré au micro de Fox News : "Voulez-vous que nous éliminions les cartels ? [...] Il va falloir faire quelque chose avec le Mexique." De son côté, la Colombie à qui le milliardaire reproche également sa gestion du trafic de drogue, a été visée par des menaces similaires. Interrogé sur l'éventualité d'une intervention militaire à Bogota, similaire à celle menée au Venezuela, Donald Trump a répondu : "Ça me semble bien." Une intervention fustigée par le président colombien qui a assuré être prêt à "prendre les armes".
Le Panama et Cuba ont également été visés par les foudres du locataire de la Maison-Blanche. Sauf que, à l'égard de ces pays, Donald Trump a aussi fait part de ses ambitions impérialistes. En décembre 2024, alors dans l'attente de son investiture, Donald Trump avait menacé de reprendre le contrôle du canal de Panama. Pour enfoncer le clou, le président avait posté une photo d'un drapeau américain flottant au-dessus du cours d'eau, légendé "Bienvenue au Canal des États-Unis". Quant à Cuba, Washington s'est dit "déterminé" à imposer un changement politique dans l'île en faisant chavirer le gouvernement communiste en place. Le Canada et le Groenland aussi ont été ciblés par les ambitions impérialistes de Donald Trump, mais pour ces deux pays, le président est allé jusqu'à les menacer d'annexion. Alors que le milliardaire a affirmé à plus d'une reprise vouloir faire du Canada le 51e État de son pays, le Groenland a été pris à partie en raison de sa position stratégique et de ses immenses richesses minérales.
À ces sept pays, s'ajoute la Corée du Nord que Donald Trump avait menacée pendant son premier mandat.
Un pays sur treize dans le monde
Une liste qui porte, selon les calculs de CNN, la proportion de pays menacés ou frappés par Donald Trump à un sur 13 dans le monde (15 sur 195). Ainsi, conformément à la population de ces États, une personne sur 11 sur la planète a été menacée par les armes de Washington. Le Moyen-Orient a été la zone géographique la plus ciblée avec 5 pays sur 20.
"Théorie du fou" ou doctrine "Donroe" ?
Selon la chaîne télévisée américaine, ce comportement belliqueux pourrait en partie s'expliquer par le fait que Donald Trump adhère à la "théorie du fou" en matière de politique étrangère. "En d'autres termes, il aime se présenter comme imprévisible, convaincu que cela incite davantage ses adversaires étrangers à se plier à ses exigences", analyse le média.
De son côté, le président avait justifié la capture de Nicolas Maduro au Venezuela par sa stratégie inspirée de la doctrine Monroe, subtilement rebaptisée "Donroe". La version initiale, pensée au XIXe siècle par l'ancien président des États-Unis, James Monroe, condamne toute intervention européenne dans les affaires des "Amériques" (du Nord et du Sud), ainsi que toute intervention des États-Unis dans les affaires européennes. Dans la diplomatie "Donroe" inventée par le milliardaire, "l’Amérique n’y défend plus seulement l’indépendance politique de ses voisins, elle transforme la région en chasse gardée géo-économique et migratoire, prolongement direct de sa frontière sud et vitrine de sa puissance industrielle", explique le spécialiste de la politique américaine, Jérôme Viala-Gaudefroy, sur le site The Conversation.



