Le président américain Donald Trump imposera son calendrier et son humeur au sommet du G7 organisé à Évian, en France, du mardi au mercredi. Face à des dirigeants occidentaux habitués à ses pressions commerciales, le milliardaire de 80 ans placera la sécurité du détroit d’Ormuz et l’aide à l’Ukraine au centre des discussions.
Un sommet sous le signe de l'incertitude
Des intentions de Donald Trump pour ce sommet, on ne sait quasiment rien, sauf l’essentiel : le président américain imposera son calendrier et son humeur. Celle-ci dépendra en bonne partie des discussions sur un accord de paix avec l’Iran, qui s’accélèrent. « Il n’est pas possible de gérer Trump comme pendant son premier mandat », explique à l’AFP Liana Fix, chercheuse associée au Council on Foreign Relations, avant ce sommet qui rassemblera la France, les États-Unis, l’Allemagne, le Canada, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni.
Tous ces pays ont subi les foudres commerciales ou les intimidations diplomatiques de Donald Trump. À l’exception de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, que le président américain apprécie beaucoup, les dirigeants attendus au bord du lac Léman ont tous été la cible d’attaques, de critiques ou de moqueries du milliardaire républicain.
« Se préparer au pire »
Ni l’impopularité croissante aux États-Unis de Donald Trump, qui pourrait lui coûter le contrôle du Congrès en novembre, ni l’annulation par la Cour suprême de ses droits de douane tous azimuts ne devraient le radoucir. Les Européens en particulier ont appris à « espérer le meilleur tout en se préparant au pire », résume Liana Fix. « Je ne crois pas que nous verrons un président affaibli. Je pense qu’il va y aller et faire ce qu’il fait toujours, à savoir essayer de passer en force sur des sujets très compliqués », analyse pour l’AFP Jackson Janes, expert au German Marshall Fund of the United States.
Donald Trump « dit qu’il n’aime pas ces réunions multilatérales » mais « il ne supporte pas que des dirigeants du monde entier se rassemblent sans lui », a pour sa part souligné Victor Cha, expert au Centre d’études internationales et stratégiques (CSIS), lors d’une conférence de presse.
Un dîner à Versailles pour apaiser les tensions
Le président français Emmanuel Macron l’a même convaincu de s’attarder mercredi après le sommet pour un dîner à Versailles, qui devrait combler le goût du milliardaire pour les décors fastueux. Ce dîner est une manière de célébrer le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis dans un « haut lieu de l’amitié franco-américaine où fut signé en 1783 le traité consacrant » cette indépendance, selon la présidence française. La France s’est déjà efforcée de mettre le président américain dans les meilleures dispositions, en changeant les dates du sommet pour qu’il ne coïncide pas avec un tournoi de MMA organisé dimanche à la Maison Blanche, le jour du 80e anniversaire de Donald Trump.
Plusieurs analystes soulignent qu’au-delà des sautes d’humeur imprévisibles du président américain, les sujets de discussion proposés par Paris s’alignent avec certains de ses centres d’intérêts.
Ormuz et Ukraine au cœur des débats
Un haut responsable américain a jugé « très intelligent » et « pertinent » de la part de la France de mettre les déséquilibres commerciaux à l’ordre du jour du sommet. Le président américain, qui a violemment reproché aux alliés des États-Unis de ne pas lui avoir prêté main forte face à l’Iran, devrait profiter de son passage en France pour évoquer une participation de certains d’entre eux, France et Royaume-Uni notamment, à des opérations de déminage dans le détroit d’Ormuz. Il verra aussi à Évian les dirigeants qatari, émirati et égyptien.
Un rapport de forces modifié sur l’Ukraine
Si la donne n’a pas été bouleversée depuis l’an dernier en ce qui concerne les relations entre le dirigeant républicain et les dirigeants des pays traditionnellement alliés aux États-Unis, le rapport de forces s’est quelque peu modifié concernant l’Ukraine. « En 2025 les Européens étaient résignés à s’incliner face à Trump pour tenter de préserver le soutien américain à Kiev, mais nous sommes aujourd’hui dans une dynamique différente, où l’Ukraine est moins dépendante des États-Unis », a indiqué Max Bergmann, expert au CSIS, lors d’un échange avec des journalistes.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui sait sans doute mieux que quiconque qu’une rencontre avec Donald Trump peut facilement dégénérer, participera mardi à une réunion de travail avec les dirigeants du G7, en présence du président américain. Un haut responsable américain n’a pas exclu que les deux dirigeants aient un rapide tête-à-tête en marge de cette réunion, mais a précisé qu’aucun entretien bilatéral formel n’était prévu.



