Dix ans après le référendum qui a scellé le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne, le Premier ministre britannique Keir Starmer s'emploie à tisser des liens concrets avec Bruxelles, sans pour autant remettre en cause le Brexit. Sa stratégie : des petits pas sectoriels plutôt qu'un grand soir politique.
Un « reset » pragmatique et progressif
Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, a fait du rapprochement avec l'UE l'une de ses priorités. Il parle d'un « reset », un terme qui évite soigneusement celui de « revenge » (revanche) ou de « rejoin » (réadhésion). Selon un diplomate européen cité par Libération, « Starmer veut montrer que le Royaume-Uni est de retour comme partenaire fiable, mais il doit composer avec un électorat toujours sensible à la souveraineté ». Le processus est lent : il s'agit de signer des accords techniques dans des domaines comme la sécurité, les échanges commerciaux ou la mobilité des jeunes.
L'accord de sécurité, première pierre
Le premier grand chantier est un traité de sécurité bilatéral, en discussion depuis l'automne 2024. Il viserait à faciliter la coopération policière et judiciaire, notamment l'échange de données et l'extradition. Un haut fonctionnaire britannique a confié à Libération que « les négociations avancent bien, mais il faut trouver un équilibre entre efficacité et respect des lignes rouges sur la souveraineté ». Selon une source proche des discussions, un accord pourrait être signé d'ici la fin 2025.
Des accords sectoriels pour relancer le commerce
Dans le domaine commercial, Starmer cherche à réduire les barrières non tarifaires qui pèsent sur les exportateurs britanniques. Un accord vétérinaire est à l'étude pour éviter les contrôles sanitaires systématiques sur les produits alimentaires. Selon la Chambre de commerce britannique, les exportations vers l'UE ont chuté de 15 % depuis le Brexit, et un tel accord pourrait les relancer de 5 % à 10 %. « Chaque petit pas compte », a déclaré un porte-parole du gouvernement britannique, « nous voulons des résultats concrets pour les entreprises ». Les discussions butent toutefois sur les contrôles douaniers et la pêche.
La mobilité des jeunes, un sujet sensible
Un autre volet concerne la mobilité des jeunes. Le Royaume-Uni propose un programme d'échanges universitaires et professionnels, mais l'UE exige une réciprocité totale, y compris la liberté de circulation pour les jeunes Européens. Starmer a exclu toute mesure qui ressemblerait à un retour à la libre circulation. « Nous ne reviendrons pas sur le contrôle des frontières », a-t-il martelé lors d'une conférence de presse à Londres. Les négociations sur ce point sont au point mort.
Des obstacles politiques persistants
Malgré la bonne volonté affichée, les obstacles restent nombreux. Au Royaume-Uni, l'aile droite du Parti conservateur accuse Starmer de brader la souveraineté. Un sondage YouGov de juin 2025 indique que 55 % des Britanniques estiment que le Brexit a été une mauvaise chose, mais seuls 30 % souhaitent une réadhésion. Côté européen, certains États membres, comme la France, se montrent méfiants. Un diplomate français a déclaré à Libération : « Nous voulons des gestes concrets, pas seulement des paroles. Le Royaume-Uni doit respecter ses engagements, notamment sur la pêche. »
En dix ans, le Brexit a coûté environ 4 % du PIB britannique, selon une étude du cabinet Bloomberg Economics. Starmer espère que ses petits pas permettront de limiter les dégâts, sans pour autant rouvrir la boîte de Pandore politique.



