Le Kremlin n'a nul besoin d'une Xenia Fedorova en Italie. Contrairement à d'autres pays européens où des figures médiatiques ouvertement pro-Kremlin sont instrumentalisées, la péninsule italienne offre un terreau fertile à la propagande russe par des voies plus diffuses et socialement plus acceptées. Cette singularité interroge sur les mécanismes d'influence russe dans un pays où les liens historiques, économiques et culturels avec Moscou restent profonds.
Un contexte favorable à l'influence russe
L'Italie entretient depuis des décennies des relations privilégiées avec la Russie, notamment dans les domaines de l'énergie et du luxe. Cette proximité historique s'est traduite par une certaine indulgence médiatique et politique envers le Kremlin. Les discours prorusses ne sont pas portés par des figures controversées, mais s'infiltrent dans le débat public via des canaux plus subtils : think tanks, cercles d'affaires, et même certains partis politiques traditionnels.
Des relais médiatiques et politiques discrets
Plusieurs médias italiens, sans être ouvertement pro-Kremlin, reprennent régulièrement des éléments de langage russes, notamment sur les questions de sécurité énergétique ou de lutte contre le terrorisme. Des personnalités politiques, de droite comme de gauche, n'hésitent pas à défendre des positions accommodantes envers Moscou, justifiées par des intérêts nationaux. Cette porosité idéologique est renforcée par l'absence d'un véritable contre-discours systématique.
- Des think tanks comme l'Institut pour les relations italo-russes promeuvent une vision positive de la Russie.
- Des hommes d'affaires influents entretiennent des réseaux avec l'oligarchie russe.
- Certains médias généralistes diffusent des informations non vérifiées favorables à Moscou.
Les conséquences sur l'opinion publique
Cette diffusion insidieuse a un impact réel. Selon plusieurs sondages, une part non négligeable de la population italienne reste sceptique quant à la responsabilité russe dans le conflit ukrainien. Les thèmes de la russophobie et de la diabolisation de Poutine sont régulièrement utilisés pour délégitimer les critiques. Le discours prorusse s'appuie aussi sur un sentiment anti-américain latent et sur la nostalgie d'un monde multipolaire.
Une réponse européenne insuffisante
Face à cette menace hybride, les mécanismes de détection et de contre-propagande de l'Union européenne peinent à s'adapter. L'Italie elle-même manque de coordination entre ses services de renseignement et ses autorités de régulation des médias. Des initiatives comme le dispositif EUvsDisinfo existent, mais leur impact reste limité face à des discours qui épousent les codes locaux.
En définitive, l'absence d'une Xenia Fedorova en Italie n'est pas un signe de moindre influence russe, mais plutôt une adaptation tactique. Le Kremlin a compris que, dans la péninsule, il valait mieux miser sur une influence diffuse, via des relais légitimes, plutôt que sur des figures clivantes. Une leçon que les démocraties européennes devraient méditer.



