Un format étendu qui divise
Le passage à 48 équipes a porté le nombre de matchs à 104, étalés sur cinq semaines. Si cette profusion a permis à des nations comme le Cap Vert ou la Bosnie de faire leurs preuves, la qualité du jeu en a parfois souffert. Gianni Infantino, président de la Fifa, a défendu ce format lors de sa conférence de clôture : « Davantage de pays peuvent y croire, davantage d’enfants peuvent garder l’espoir et davantage d’opportunités sont offertes au monde entier de participer. Qu’en disent ceux qui prétendaient que la présence de 48 équipes allait diluer la qualité de la Coupe du monde ? En réalité, ça l’a rendue bien plus forte. »
Pour l’historien Paul Dietschy, auteur de Histoire du football et Histoire politique des Coupes du monde, ces critiques sont surtout européennes : « Les critiques proviennent d’Europe, avec l’idée que c’est une compétition qui doit être réservée aux meilleurs pays, c’est-à-dire l’Europe et l’Amérique du Sud. Le reste, en quelque sorte, on s’en fiche. Mais c’est le sens de l’histoire, et de la direction prise par la Fifa depuis la Coupe du monde 1974. L’inconvénient, évidemment, c’est la durée. Mais on n’ira plus en arrière. Au niveau sportif, le marqueur à retenir est que les valeurs restent les mêmes : l’Europe, avec six représentants en quarts de finale, domine toujours largement. »
Un jeu marqué par les retournements et le collectif
Si peu de matchs entreront dans la légende, l’Argentine a offert des scènes mémorables : menée 2-0 à la 79e minute contre l’Égypte et 1-0 à la 85e contre l’Angleterre, elle a renversé les deux situations avant la prolongation. L’Allemagne a déçu, l’Angleterre a cédé à sa « lose » historique alors qu’elle était sur le point de réussir une campagne exceptionnelle (renversement de la RDC en dix minutes, résistance au Mexique, victoire sur la Norvège). La France, trop forte lors de ses six premiers matchs, trop faible en finale, ne laisse pas un souvenir impérissable.
La victoire de l’Espagne a mis en avant l’intelligence collective, une empreinte forte selon Paul Dietschy : « Avec autant de matchs, on a l’impression que tout est un peu dilué. Je retiens la résistance inattendue de petites équipes, comme le Cap Vert, et les deux derniers matchs. La petite finale a été la rencontre la plus folle, la plus “américaine”, avec un score très rare. Et la finale a consacré un jeu dans lequel le collectif est le héros. Dans un pays où on aime les stars, Mbappé, Messi, Kane ou Haaland étaient présents, ce qui n’est pas toujours le cas. Ce Mondial a sacré un collectif mais restera aussi pour ses individualités. »
Des règles innovantes mais perfectibles
Les évolutions arbitrales (lutte contre le gain de temps, consignes pour laisser jouer) ont été bien accueillies, même si le juste milieu reste à trouver. L’utilisation du VAR a montré des incohérences, comme le retour en arrière de 19 secondes pour annuler un but de l’Égypte en 8e de finale, tandis que des agressions paraguayennes sur les Bleus restaient ignorées. Le ballon connecté, censé détecter les contacts, n’a pas convaincu.
Les pauses fraîcheur, qui ont transformé les mi-temps en quart-temps, sont critiquées. Paul Dietschy relativise : « Pour le décorum, il y avait eu un précédent au Qatar avec Lionel Messi vêtu d’un costume traditionnel. Comme cette année avec le show de la mi-temps, je pense que ce sera une parenthèse. Pour les pauses fraîcheur, ça n’aurait pas de sens de les intégrer à tous les matchs. Le problème est ce qu’on en fait : un espace pour vendre de la publicité. Mais l’aspect santé des joueurs se défend : en 1986 au Mexique, les températures torrides étaient dangereuses. Avec le réchauffement climatique, en 2030 en Espagne et au Maroc, il fera extrêmement chaud et on aura besoin de s’hydrater. »
Un environnement politique omniprésent
La Fifa, et son président Infantino, se sont alignés sur les États-Unis de Donald Trump, suscitant des critiques. L’annulation de la suspension automatique de Balogun après son carton rouge, l’interdiction d’entrée pour l’arbitre somalien Omar Artan ou le sort réservé à l’équipe d’Iran ont marqué les esprits. Infantino a qualifié l’événement de « plus grand événement social et culturel auquel l’humanité ait jamais assisté ».
Paul Dietschy analyse : « Depuis João Havelange et Sepp Blatter, les présidents de la Fifa se voient comme des diplomates du foot, représentant un État du football. La différence est que ces deux dirigeants étaient plus fins, ils savaient jusqu’où ils pouvaient aller. Pour Infantino, ce besoin de reconnaissance va jusqu’à l’hubris. Il y avait aussi une crainte devant le caractère imprévisible de Trump. La Fifa fera toujours tout pour protéger ses revenus, ça ne changera pas. »



