Des millions de Britanniques se rendent aux urnes jeudi pour des élections locales qui s'annoncent extrêmement difficiles pour le Premier ministre travailliste Keir Starmer, très impopulaire, et qui devraient confirmer la montée du parti anti-immigration Reform UK et des Verts. Ces élections représentent le plus grand test électoral pour le Labour depuis sa victoire écrasante aux législatives en juillet 2024, qui avait mis fin à 14 ans de gouvernement conservateur. Les sondages prédisent de mauvais résultats pour les travaillistes, ce qui devrait amplifier les appels à la démission de Keir Starmer.
Recomposition du paysage politique
Les élections devraient confirmer la recomposition du paysage politique britannique et la fin de la domination des travaillistes et des conservateurs. Le parti de Nigel Farage, Reform UK, va encore progresser, selon les sondages, tout comme les Verts menés par Zack Polanski, qui connaissent une forte ascension depuis qu'il en a pris la tête en septembre 2025, avec un programme très marqué à gauche.
Désillusion des électeurs
Les électeurs « ne voient pas arriver le changement pour lequel ils avaient voté en 2024, alors ils vont voir ailleurs », résume Melanie Garson, professeure au département de sciences politiques de l'université UCL à Londres. Le gouvernement travailliste a suscité « beaucoup de désillusion », dit-elle encore. Les Britanniques ne voient pas la fin de la crise du coût de la vie. Keir Starmer, 63 ans, n'a pas réussi à relancer la croissance et a enchaîné les faux pas politiques et les revirements. Depuis des mois et la semaine dernière encore, il était embourbé dans l'affaire Peter Mandelson, du nom d'une ancienne figure du Labour qu'il a nommée ambassadeur à Washington, malgré ses liens avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.
Ces élections seront « un indicateur majeur de l'état d'esprit du pays vis-à-vis de la classe politique », explique Melanie Garson. Les regards seront tournés vers le pays de Galles, où le Labour pourrait perdre le contrôle du parlement local pour la première fois depuis sa création il y a 27 ans. Une défaite dans ce territoire britannique historiquement travailliste serait « catastrophique » pour le parti, souligne Laura McAllister, professeure de sciences politiques à l'université de Cardiff.
Indépendantistes et autres enjeux
Selon un sondage YouGov, Reform va être au coude à coude avec Plaid Cymru, une alternative progressiste au Labour qui souhaite l'indépendance du pays de Galles. En Écosse, les travaillistes redoutent aussi des résultats humiliants qui les verraient arriver après Reform. Le parlement écossais devrait rester entre les mains du parti indépendantiste SNP, au pouvoir depuis 19 ans. En Angleterre, environ 5 000 sièges de conseillers locaux dans 136 différents conseils sont à pourvoir.
Selon les prévisions de l'analyste électoral Robert Hayward, le Labour pourrait perdre environ 1 850 des quelque 2 550 sièges qu'il défend. Les conservateurs pourraient eux aussi perdre 600 sièges, selon ses estimations. Le principal bénéficiaire serait Reform UK, qui remporterait principalement des sièges dans les zones ouvrières. Les Verts devraient quant à eux gagner des centaines de conseillers, en particulier à Londres.
Ces derniers et Reform « proposent des solutions accrocheuses - même si certains les jugeraient simplistes - à des problèmes que le Labour et les conservateurs peinent à résoudre », explique Tim Bale, professeur de sciences politiques de l'université Queen Mary de Londres.
Vers un remaniement ?
En cas de défaite d'ampleur, « le départ de Keir Starmer va être réclamé haut et fort », anticipe Melanie Garson. Mais cette professeure ne pense pas que le dirigeant quittera Downing Street « dans l'immédiat », et envisage plutôt un remaniement gouvernemental. Les médias britanniques bruissent de rumeurs selon lesquelles l'ancienne vice-première ministre Angela Rayner ou le ministre de la Santé, Wes Streeting, pourraient tenter d'évincer Starmer, mais aucun des deux ne semble suffisamment populaire. Aucun prétendant à la succession de Starmer ne se dégage pour l'instant. Et il faudrait un soutien d'au moins 20 % des députés du parti pour déclencher une élection, ce qui complique sérieusement toute tentative de renversement. Steven Fielding, spécialiste du Parti travailliste à l'université de Nottingham, « parie » que Keir Starmer va s'en sortir car il est « l'option la moins mauvaise du moment ».



