Après plusieurs jours de silence, le chef de la junte malienne Assimi Goïta est sorti de sa réserve pour appeler au sursaut national. Au nord, au moins cinq localités sont tombées aux mains des djihadistes et des touaregs. Le chef de la junte au Mali, Assimi Goïta, a affirmé mardi que la situation sécuritaire dans le pays était « maîtrisée », trois jours après des attaques sans précédent menées par des groupes armés contre des positions stratégiques de la junte, plus que jamais affaiblie.
Assimi Goïta s’est exprimé pour la première fois depuis ces attaques meurtrières des djihadistes du JNIM alliés aux indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA), lors d’une adresse à la nation mardi soir diffusée sur l’ORTM, la chaîne publique. Après plusieurs jours d’absence et de mutisme, il a fait le même jour sa première apparition publique, mettant fin à de nombreuses spéculations sur son sort.
Le Mali fait face à une situation sécuritaire critique et est en proie à l’incertitude trois jours après les attaques qui ont fait au moins 23 morts civils et militaires, selon un nouveau bilan communiqué par une source hospitalière. « Le plan funeste de l’ennemi a été déjoué avec la neutralisation d’un nombre important d’assaillants », a déclaré le chef de la junte, assurant que « la situation (était) maîtrisée ».
Sursaut national
Assimi Goïta a toutefois reconnu une situation d'« extrême gravité ». Il a appelé la population à un « sursaut national » et à « s’ériger contre la division et la fracture nationale ». « Le Mali a besoin de lucidité et non de panique », a-t-il insisté.
L’absence et le silence du leader malien ont nourri ces derniers jours des spéculations sur sa capacité à se maintenir au pouvoir, alors que son ministre de la Défense, Sadio Camara, un des principaux responsables de la junte, a été tué lors de l’une des attaques. Sadio Camara était considéré comme l’architecte du rapprochement politique et militaire de ces dernières années avec la Russie. La junte avait chassé les militaires français en 2022.
Plus tôt mardi, le général Assimi Goïta a reçu l’ambassadeur de Russie dans le pays, Igor Gromyko. Ce dernier a « réaffirmé l’engagement de son pays aux côtés du Mali dans la lutte contre le terrorisme », assurant que la Russie serait « toujours l’amie du Mali », selon un communiqué de la présidence.
Dans une publication sur les réseaux sociaux, le ministère russe de la Défense a estimé que rebelles et djihadistes étaient en train de se regrouper et que la situation au Mali restait « difficile ». Le ministère a aussi confirmé que l’Africa Corps - des paramilitaires envoyés en appui de la junte malienne - avait dû se retirer de la ville-clef de Kidal, dont les groupes armés se sont emparés le week-end dernier. Le Kremlin a dit également souhaiter le retour « au plus vite » de la stabilité dans ce vaste pays sahélien, en proie depuis 2012 aux conflits et aux violences djihadistes.
Blocus et terroristes dans la capitale
Mardi, le groupe djihadiste JNIM a menacé d’imposer un blocus sur les entrées de la capitale malienne Bamako, selon une vidéo d’un de ses porte-paroles, Bina Diarra. « À partir d’aujourd’hui, un blocus est imposé à Bamako sur tous les axes », a-t-il déclaré. « La seule mesure de tolérance est accordée à ceux qui se trouvent déjà à Bamako pour leur permettre de repartir. En revanche, il est désormais interdit de s’y rendre jusqu’à nouvel ordre », a-t-il affirmé. Il n’était pas possible dans l’immédiat de savoir si ce blocus serait vraiment effectif ou non dans les prochains jours.
Mardi, l’ambassade des États-Unis à Bamako a écrit sur son site internet avoir « pris connaissance de signalements faisant état de mouvements terroristes possibles à l’intérieur de la ville ». Elle recommande aux ressortissants américains de se confiner et d’éviter tout déplacement non essentiel.
Conquête des régions du nord
Les attaques coordonnées lancées samedi jettent le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés, et mettent à mal sa rhétorique, qui affirmait jusqu’ici que sa stratégie de rupture, ses nouveaux partenariats étrangers et son effort militaire accru avaient permis d’inverser la tendance face aux combattants radicaux islamistes. Signe de la fébrilité qui prévaut dans le pays, l’armée malienne a abandonné certaines de ses positions dans la région de Gao, ont indiqué mardi des sources locales. Gao est la deuxième région militaire du Mali après la ville-garnison de Kati, fief de la junte situé près de Bamako et qui a été le théâtre de violents combats entre l’armée et les groupes armés. Quant à la ville stratégique de Kidal, elle est sous contrôle rebelle depuis ce week-end. Selon des analystes, le but stratégique recherché par cette alliance entre JNIM et FLA ne serait pas la prise du pouvoir à Bamako, mais la reconquête des régions du Nord.



