France 2030 : un bilan contrasté à mi-parcours
France 2030 : un bilan contrasté à mi-parcours

Le 12 octobre 2021, dans le décorum du Palais de l'Élysée, Emmanuel Macron dévoilait son plan « France 2030 », une enveloppe initiale de 30 milliards d'euros, portée à 54 milliards par la suite. Ce programme visait à « bâtir la France de 2030 » et à faire émerger les champions de demain, après les mesures d'urgence liées au Covid et le premier plan de relance de 2020. Cinq ans plus tard, alors que le programme arrive à mi-mandat et qu'une nouvelle campagne présidentielle se profile, le bilan est scruté de près.

Un changement de philosophie critiqué

L'Institut Évidences, fondé par l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, a publié un rapport analysant les particularités de France 2030 par rapport aux précédents programmes d'investissement d'avenir (PIA). Selon l'économiste Pierre Jérémie, auteur du rapport, France 2030 ne constitue plus un plan d'investissement au sens économique strict, mais un plan de politique industrielle majoritairement subventionnel. « Cette transformation fragilise la capacité du plan à produire des effets structurels durables », écrit-il. Alors que les premiers PIA, lancés en 2010 suite au rapport Juppé-Rocard, finançaient des moyens de recherche d'excellence et leur valorisation industrielle, France 2030 part de filières sectorielles choisies par l'exécutif : petits réacteurs nucléaires, hydrogène, avion bas-carbone, véhicules électriques, etc.

Des choix contestables

Le rapport souligne que ces choix ne sont pas justifiés par un lien clair avec la performance économique attendue (croissance, emploi, valeur ajoutée). « Il existe très peu de cas documentés où l'État stratège sélectionnant quelques secteurs clés a généré de la croissance de long terme », rappelle Pierre Jérémie. L'exemple de l'hydrogène est emblématique : près de 1,5 milliard d'euros ont été investis dans des usines d'équipements, sans soutien au déploiement de véhicules ou de bornes de recharge. Le retrait de Stellantis de ce marché représente une perte sèche. De même, dans le nucléaire, des projets ont été soutenus alors que les combustibles n'étaient pas produits en Europe et que les technologies de traitement des déchets n'étaient pas matures.

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Des réussites mais des lacunes

Le Comité de surveillance des investissements d'avenir (CSIA) a reconnu un déploiement rapide du plan, mais pointé son fonctionnement complexe et ses lenteurs. L'Institut Évidences recommande de revenir à l'esprit du rapport Juppé-Rocard : investir d'abord dans l'environnement général de recherche et d'innovation, allouer les budgets en fonds propres, prêts convertibles ou dette, et seulement en dernier recours en subventions. « L'argent serait ainsi mieux utilisé, avec davantage de leviers de contrôle », conclut Pierre Jérémie. Ces réflexions devraient nourrir les débats de la prochaine campagne présidentielle.

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